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portrait de Zimbardo

Quatre jours se sont écoulés depuis le début de l’expérience dite de Stanford, au bout de quelques heures à peine la situation est devenue difficile voire ingérable. Les gardiens s’avèrent être particulièrement zélés dans leur rôle, la plupart des participants se trouvent dans un fort état agentique ainsi que Zimbardo lui-même.Mais le pire n’est pas encore passé, les dernières heures de cette expérience vont s’avérer particulièrement intense. 

Un prisonnier va sans le vouloir empirer la situation, il s’agit du numéro 416. Contrairement à tout les autres il a « pris le train en marche » soit il n’est pas présent depuis le début. Il est en fait le remplaçant de l’un des prisonniers parti prématurément, peut être est-ce cette particularité qui explique son comportement. En effet ce dernier refuse de rentrer dans le rang et s’offusque des conditions de vie. Il entame une grève de la fin et le soir du cinquième jour il refuse de manger. Comme nous l’avons vu dans la partie précédente un gardien s’avère être particulièrement cruel, il s’agit de John Wayne. Ce dernier n’apprécie pas qu’un de « ses » prisonniers se rebelle et tente de le contraindre à manger mais sans succès. Il décide alors de lui faire payer son insubordination.

Pour arriver à ses fins John Wayne et les autres gardiens enferment de force le prisonnier 416 dans un placard à balai présent sur les lieux. Comme au début de l’expérience les gardiens font preuve d’esprit initiative, pas forcément dans le bon sens du terme. Il s’étaient précédemment servi des extincteurs sans autorisation pour calmer les prisonniers, ils récidivent avec le placard. Encore une fois Zimbardo n’intervient pas…du moins au début.  Les gardiens mettent à contribution les prisonniers dans le sort de l’un des leurs en leurs demandant de choisir entre la libération de leur camarade ou la conservation de leurs couvertures pour la nuit. Les prisonniers choisissent les couvertures et le prisonnier 416 est contraint de passer la nuit enfermé dans le placard. 

Mais pour la peine Zimbardo finit par s’interposer et oblige les gardiens à libérer le prisonnier. Pourquoi à ce moment là ?  N’oublions pas que Zimbardo semble être lui aussi dans un certain état agentique, il y a décharge de ses responsabilités. Ce n’est pas de sa faute si les gardiens font ce qu’ils font, ce n’est pas de sa faute si les prisonniers obéissent aux ordres. Mais ce dernier dans son rôle de directeur de prison concerne quelques limites et elles lui semblent pour la peine dépassées. Il fait donc sortir le prisonnier 416 de sa prison et le remet dans sa cellule. 

Cela fait maintenant cinq jours que l’expérience a débuté, on est en droit de se demander ce que Zimbardo attend pour tout arrêter quand on voit ce qui se passe. Ce n’est pas de lui que viendra l’initiative de mettre un point final. Le lendemain Christina Maslach se rend à la prison pour interviewer les participants. Ce qu’elle voit l’horrifie. Mais avant de poursuivre il nous faut souligner que Christina n’est pas la première personne étrangère à l’expérience à être venue sur les lieux durant les six jours qui se sont écoulés. Des membres des familles des participants sont venus voir leurs proches, des collaborateurs de Zimbzardo sont aussi passés, pourtant aucun ne s’offusquera du déroulement de l’expérience. Pourquoi ? Il est difficile de répondre même si les quelques images diffusés de ces rencontres laissent entendre que les conditions de vie étaient un  peu mieux quand des tiers se trouvaient dans la prison. Néanmoins la détresse psychologique des prisonniers ne faisait guère de doute (rien que les prisonniers qui ont quitté les lieux pas forcément au mieux de leur forme) de plus les conditions d’hygiène n’étaient de toute façon pas optimales. Peut être ces tiers ont eux aussi été happé par l’expérience. 

Mais alors pourquoi Christina Maslach fait-elle exception ? Tout d’abord voyons qui elle est. Christina est une ancienne étudiante en psychologie à l’université de Stanford (le déroulement de l’expérience est contemporain à l’obtention de son doctorat). Au moment des faits elle est en couple avec Zimbardo. Cela peut sembler secondaire mais ce n’est peut être pas le cas. Toujours est-il qu’elle est sous le choc de ce qu’elle voit et décide de voir immédiatement Zimbardo pour lui en parler. 

Christina Maslach et Philip Zimbardo

Christina Maslach et Philip Zimbardo

Ce dernier s’avère assez peu coopératif quant au point de vue de sa compagne de longue date, s’ensuit une scène de ménage mémorable qui aboutira à la menace pure et simple de la part de Christina de mettre fin à leur relation. Ce coup sera fatal pour Zimbardo qui décidera alors de tout stopper (mais avait-il vraiment conscience sur le moment de la gravité de ce qui se passait dans son expérience ?). Que se serait-il passé si Christina et lui n’avait pas été en couple ? Les argument de la jeune femme auraient-ils eu la même portée sur le psychologue ? Peut être que non. Le point de vue de l’ancienne étudiante est tout à fait louable, ses arguments sûrement indiscutables (en tout cas plus que ceux de Zimbardo) pour autant on peut craindre que sans la composante affective mise en jeu l’expérimentateur ne soit resté sur sa position. Cette anecdote montre à sa manière que nous sommes autant lié par un raisonnement logique que par nos affects. En attendant le sixième jour n’est pas fini que l’expérience elle vient de se clore. 

Comme nous avons pu le voir l’expérience de Stanford est unique dans son genre. Cette unicité n’est pas forcément à voir dans un sens positif… Néanmoins elle marquera la psychologie sociale et sera remise sur le tapis dés qu’il sera question de comprendre les maltraitance qui peut se produire en milieu carcéral. Zimbardo ne reniera jamais ce qui s’est passé, il en tirera même profit pour comprendre certaines choses. Le vrai point noir est ce qui a pu arriver aux participants durant l’expérience et les séquelles psychologiques qu’ils ont pu avoir par la suite. 

Cette expérience est la somme de plusieurs erreurs, que ce soit la trop grande implication de son investigateur, le mauvais profil de certains participants, le manque de supervision et d’autres encore. On doit malheureusement à cette expérience la prise de conscience de nombreux points éthique. De nos jours les expériences en psychologie et plus généralement en sciences humaines sont bien mieux encadrés. Les expérimentateurs doivent suivre à la lettre un code de déontologie et d’autres règles pour justement éviter que ce qui s’est passé cette fois là ne puisse jamais se reproduire. 

C’était il y a plus de quarante ans, gageons que cette expérience restera vivace chez beaucoup pour encore longtemps. Qu’elle fera encore parler d’elle en bien ou en mal que ce soit en psychologie ou pas. Qu’elle attisera encore l’imagination et continuera autant de fasciner que d’horrifier. Mais surtout et c’est pour ça qu’il faut continuer d’en parler, elle continuera pour toujours je l’espère à être une des meilleures illustrations possible de ce que la psychologie ne doit plus jamais faire.  

Laissons maintenant la porte de la prison de Stanford se refermer. 

face au mur

 

Nous nous étions arrêtés à la fin du deuxième jour, en moins de 48 heures la tension est montré d’un cran dans la prison expérimentale de Stanford jusqu’à ce qu’un prisonnier doive quitter l’expérience. La nuit et la journée qui suivent ne sont pas plus réjouissantes bien au contraire. L’utilisation des toilettes devient compliqué au point que la plupart des prisonniers sont amenés à se soulager dans des seaux….qu’ils n’ont pas l’autorisation de vider. Le comptage des prisonniers devient pour les gardiens une source inépuisable d’ordres douteux, entre les pompes, les flexions et autres exercices physique pratiqué à outrance les prisonniers n’ont pas de répit. Il est temps maintenant de revenir sur le comportement des gardiens et le  moins que l’on puisse dire est qu’il n’est pas vraiment homogène. En effet selon les prisonniers les 12 gardiens peuvent être divisé en trois groupe selon leurs comportement. Un tiers des prisonniers sont considérés comme étant gentils, ils font tout pour aider les prisonniers en leurs rendant la vie plus facile, ils évitent de les brimer et leurs rend leurs privilèges, un autre tiers est considéré comme ayant un comportement normal, ils respectent le règlement et restent le plus neutre possible, le dernier tiers est le plus méchant, ils donnent des ordres exagérés, pratiquent des privations de toutes sortes et n’hésitent pas à faire preuve de cruauté 

Parmi ce dernier tiers un gardien requiert particulièrement notre attention, il a été surnommé John Wayne par les prisonniers à cause de sa cruauté exacerbée (sur la photo illustrant l’article John Wayne est le gardien au fond qui se tient appuyé au mur et qui tient sa matraque). Il a été accusé d’actes et d’insultes homophobe, raciste et même sadique, il fait la loi parmi les prisonniers mais aussi sur ses collègues. Pourquoi lui ? Certainement possédait-il une personnalité particulière, propice à ce genre de débordement, personnalité qui dans un contexte particulier se révèle. Cela irait en l’encontre de l’idée de départ de Zimbardo qui stipulait que la situation était quasi exclusivement responsable du comportement adopté par les personnes mais si tel était le cas alors il y aurait dû avoir d’autres « John Wayne » ou aucun et surtout il n’y aurait pas eu autant de disparité dans le comportement des gardiens.  

Avant d’aller plus loin nous devons revenir sur une notion importante dans cette expérience qu’est celle d’état agentique. Cette idée a été évoqué par Stanley Milgram une décennie plus tôt dans son expérience de la soumission à l’autorité. Il pu constater que dans certaines circonstances un individu passait de ce qu’on appelle un état autonome à un état agentique, dans cet état contrairement au précédent la personne devient l’agent d’une autorité extérieure avec une déresponsabilisation vis à vis des actes commis. Dans cette expérience l’état agentique est on ne peut plus présent parmi les participants.  Dans l’expérience de Milgram cet état avait conduit les participants à infliger à un tiers des décharges électrique de plus en plus  forte voire potentiellement mortelle, chose qu’ils n’auraient certainement jamais fait dans leur état autonome. 

En fait quelles personnes ont ici connu un état agentique ? Pour ainsi dire tout le monde mais à des degrés divers. Peut être sommes nous en permanence à la fois dans un état agentique et autonome et se serait la situation qui déciderait de quel état prendrait le dessus sur l’autre mais en prenant en compte les caractéristiques de chacun (pour une même situation deux personnes pourrait être plus ou moins concerné par un de ces deux états)

En premier lieu les prisonniers sont fortement concernés par cette problématique des états. Comme cela a été dit dans la première partie de cette interprétation les prisonniers ont vu leur individualité réduite et il est indéniable qu’ils sont sous le coup d’un état agentique. Contrairement à l’expérience faite par Milgram ils n’ont pas comme objectif de faire du mal à autrui (quoique cela va se produire comme nous allons le voir) par contre ils vont sans aucune hésitation obéir à tout un tas d’ordre farfelus jusqu’à se mettre en danger. Les gardiens aussi peuvent être considéré comme étant dans un état agentique, mais pas de façon aussi radicale que pour les prisonniers. Prenons le cas de John Wayne, ce dernier est-il dans un état plutôt agentique ou plutôt autonome ? Un extrait vidéo le mettant en scène pose la question. Dans cet extrait il ordonne à ses collègues gardiens de faire des rondes de garde pour surveiller les prisonniers qui eux sont enfermés dans leurs cellules (compte tenu de la petitesse des lieux de l’expérience il n’est pas inutile de se demander si un tel exercice se justifiait vraiment) les gardiens obéissent à John Wayne qui lui s’assoit pour surveiller la manœuvre, ce dernier est assit en tailleur sa matraque délibérément en main et n’a pas l’air le moins du monde de se trouver dans une situation stressante. Si l’on s’amuse à comparer sa posture et son comportement par rapport à celui des autres gardiens on peut constater à quel point il agit différemment (il est assis alors que les autres gardiens et les prisonniers certainement sont debout, il à l’air décontracté contrairement aux autres etc…). Le fait qu’il se démarque signe t-il chez lui la prédominance d’un état autonome ? Si tel est le cas alors cela pourrait signifier qu’il est peut être le détenteur de l’autorité. Mais si tel est le cas nous sommes dans un cas de figure anormal car ce n’est pas aux gardiens de la posséder.

Normalement en tant qu’expérimentateur c’est à Zimbardo de détenir l’autorité.  Peut être est-ce effectivement le cas mais compte tenu des événements on peut avoir un doute. Il semble impensable qu’en détenteur pur de l’autorité Zimbardo est pu à ce point perdre le contrôle de l’expérience. Il n’était de toute façon pas dans son intérêt qu’arrive ce qui est arrivé. Alors en admettant cela (avoir la certitude que Zimbardo n’a pas sciemment provoqué les événements) comment la situation en est-elle venue à dégénérer. Peut être Zimbardo n’avait-il pas pleinement conscience de ce qui se passait. Ou peut être en avait-il conscience mais d’une telle façon qu’il ne sentait pas apte à intervenir, qu’il ne se sentait pas personnellement responsable de ce qui se passait. Je penche plutôt pour la seconde idée, Zimabardo voyait ce qui se passait mais ne se sentait pas en position de changer quoi que ce soit. Pour en revenir à notre autorité depuis l’expérience de Milgram nous savons que si les personnes sont prêtes (et le font !) à maltraiter autrui c’est parce qu’elles sont dans un état agentique, elles deviennent les agents (les pions pour parler vulgairement) d’une autorité (un expérimentateur dans le cas de Milgram) qui permet alors à ces agents de se déresponsabiliser de ce qu’ils font « ce n’est pas moi qui fait, qui veut, qui décide, c’est l’autre cet autre qui est plus puissant que moi et à qui je suis contraint d’obéir. » 

Quel rapport avec Zimbardo ? Imaginons que ce dernier se trouve lui même sous le joug d’une autorité (la même que pour les autres mettons) il est probable qu’il se sente moins concerné par le sort de ses sujets (il serait alors l’agent d’une autorité soit déresponsabilisation de sa part et donc moins d’empressement à intervenir). Il partirait alors du principe que ce qui se passe envers les prisonniers n’est pas de sa faute et qu’il n’a pas foncièrement à intervenir. Zimbardo est conscient dans une certaine mesure que ce qui se passe n’est pas normal, quand un acte va trop loin il intervient pour autant il est plus laxiste que ce qu’il devrait être.  Ce qui se produit durant la quatrième journée illustre bien cette problématique.

Des rumeurs d’évasion commencent à courir et remontent aux oreilles de Zimabardo qui décide alors pour contrer cela de déménager sa prison en d’autres lieux. Il fait donc appel à la police locale de Stanford (les mêmes qui sont allés chercher les prisonniers chez eux) pour demander à pouvoir installer la prison et ses occupants dans les locaux du poste de police. Mais cette demande est refusé pour des raisons d’assurance. Zimbardo réagit mal et reproche ouvertement aux policiers de ne pas être coopératif. Qu’est-ce que nous pouvons penser de cette histoire ? En premier lieu que Zimbardo est très impliqué dans son expérience ! Rappelons qu’à l’origine il doit simuler un centre carcéral, les gens qui s’y trouvent sont de faux prisonniers qui n’ont techniquement rien à faire derrière les barreaux et/ou n’ont de toute façon pas été condamné par une justice officielle à être emprisonnés. Pourtant il réagit comme s’il était face à de vrais criminels qu’il fallait absolument empêcher de s’échapper. De plus il demande l’aide de la police alors que ces derniers n’ont pas à intervenir dans une expérience de psychologie. Pour finir quand les autorités refusent sa demande il est frustré et qualifie la police de non coopérative mais non coopérative pourquoi au juste ? De ne pas se mêler d’une expérience scientifique ? De refuser d’incarcérer en ces murs des gens qui n’ont pas à être en prison ? Pour nous cela nous semble évident mais Zimabardo lui part en fait du principe que la police n’est pas coopérative dans le sens où elle refuse d’empêcher une évasion de détenus. Le regard de Zimbardo n’est plus celui d’un psychologue aux manettes d’une expérience de psychologie sociale mais celui d’un directeur de prison qui veut sauver son établissement !  Si l’investigateur de l’expérience est hyper impliqué comment ne pas craindre qu’il n’en soit pas de même pour les autres participants. Zimbardo aurait dû ici jouer le rôle de garde-fou en restant extérieur et surtout objectif face aux événements mais cela n’a pas été le cas. Les prisonniers aussi croient dur comme fer à ce qu’ils vivent. Ces derniers avaient l’autorisation d’écrire des lettres à leurs familles, une de ces lettres porte clairement en guise de signature le numéro de matricule de son auteur. C’est dire si les prisonniers ont intériorisé leur rôle ! Les gardiens ne sont pas en reste, ils refusent de rentrer dormir chez eux le soir comme cela aurait dû être normalement (comme cela est dans les vraies prisons d’ailleurs) et vivent H 24 dans les sous sols de l’université. Dans tout les cas il y aurait du avoir intervention de la part de Zimbardo qui aurait dû obliger les gardiens à quitter les lieux quand il le fallait, peut être éviter que les prisonniers ne s’investissent autant etc… Mais comme nous l’avons vu Zimbardo n’était plus à même de réagir convenablement faisant lui même trop de zèle, il devait sûrement considérer ce qui se passait comme étant normal. 

Néanmoins si nous n’avons plus à douter du manque (dangereux) d’objectivité de Zimbardo cela n’explique pas foncièrement toutes les dérives qu’il y a eu et notamment cela ne justifie pas qu’il est perdu l’autorité qui aurait dû être sienne. Théoriquement Zimbardo était le directeur de la prison ce qui aurait dû faire de lui le supérieur hiérarchique des gardiens et donc lui permettre de garder un ascendant sur eux. Hors malgré ce rôle auto-proclamé Zimbardo a choisi de garder l’implication de l’observateur qu’il aurait dû être à savoir une certaine mise à distance par rapport à la vie de la prison. Ce dernier n’a pas imposé l’autorité ni la présence qu’un vrai directeur de prison aurait dû imposer, il a finalement opté pour un rôle hybride à mi-chemin entre celui du directeur qu’il avait choisi d’être et celui de l’observateur neutre qu’il devait avoir pour suivre son expérience. Malheureusement le fait d’être le directeur de la prison l’a obligé à s’impliquer de façon importante dans la vie même de l’établissement et de ses membres ce qu’il a empêché d’avoir le recul nécessaire pour jauger les comportements, d’un autre côté le fait de conserver un rôle d’observateur l’a tenu trop éloigné pour légitimer auprès des gardiens son autorité.  Mais alors qui était détenteur de l’autorité ?  

C’est du côté des gardiens qu’il convient de regarder, peut être spécifiquement du côté de John Wayne puisque nous avons vu précédemment qu’il était particulièrement sorti du lot. Le problème étant que les intentions de ce détenteur de l’autorité n’étaient pas foncièrement louables. C’est peut être en ça que les tests de personnalité effectué sur les participants montrent leurs inefficacité. Toujours est-il que la situation se dégrade de plus en plus, dans la journée du quatrième jour un prisonnier se barricade dans sa cellule et devient ingérable. Zimbardo finit par intervenir et discute avec le prisonnier (cela montre que Zimbardo est capable dans une certaine mesure d’évaluer une situation) le prisonnier fait une vraie crise de nerfs avec force larmes et cris et ne semble pas décider à se calmer. Il lui est alors proposer de quitter la prison, ce dernier semble hésiter mais ses camarades (sous la houlette des gardiens ?) se mettent en répéter en chœur des insultes à l’encontre du prisonnier. Ce dernier piqué au vif par les remarques qu’il entend décide de poursuivre l’expérience mais malgré tout Zimbardo décidera de le faire partir le jugeant trop fragile. On ne peut à ce moment là que s’inquiéter du degré d’implication des prisonniers tout dévoués leur rôle au détriment de ce qu’ils endurent depuis plus de 72 heures. 

Ces deux jours ont dû paraître particulièrement long pour les participants, en 48 heures la situation s’est dégradé à une vitesse inquiétante. La prison n’est plus sous le contrôle de Zimbardo mais ce dernier ne s’en rend pas compte car ils s’avère autant affecté psychologiquement que ses sujets. L’autorité facteur important est bel et bien présente mais pas de la façon dont il aurait fallu et l’état agentique des participants lui aussi on ne peut plus présent vont rendre plus insupportable encore les conditions de vie au sein de la prison de Stanford. Nous verrons dans la troisième et dernière partie de cet article que les deux derniers jours vont connaitre une recrudescence de violence inimaginable et nous nous pencherons enfin sur la fin peu commune qu’à connu cette histoire. 

Pour éviter de publier des pavés indigeste j’ai choisi de publier l’article suivant en trois parties. Les six jours de l’expérience seront donc étudié en trois fois à raison de deux jours par partie. Maintenant entrons dans la prison de Stanford.

prison de stanford

Précédemment j’ai écris un article sur l’expérience de Stanford mené en 1971 par Philip Zimbardo. Pour rappel cette expérience avait pour objectif d’étudier l’influence d’une situation sur le comportement d’individus et en particulier ici dans le cadre d’un environnement carcéral. De gros moyens furent mis en oeuvre pour le bon déroulement de cette expérience qui devait durer quinze jours. Mais rien ne se déroula comme prévu est elle ne dura en fait que six jours et provoqua un certain nombre de dommages collatéraux en particulier sur les participants. Son cadre unique et son déroulement dramatique font certainement de cette expérience en psychologie une des plus connue du grand public. Un livre et deux films s’en sont d’ailleurs inspirés et plusieurs décennies après les faits, elle reste d’actualité. 

L’article présent n’a pas pour objectif  d’offrir une analyse scientifique, indiscutable (surtout pas !) de cette expérience. Il sera juste le reflet je l’espère le plus complet et le plus fidèle possible de mon ressenti vis à vis de toute cette histoire. Je ne pense pas faire preuve d’une grande originalité quand je dis que cette expérience m’intrigue et me fascine, quelque part elle est l’illustration de ce que le comportement humain peut avoir de plus étrange… et d’effrayant. En effet comment des gens lambda, sans histoires ni passif violent peuvent-ils dans certaines conditions devenir méchants, cruels ou encore sadiques ? 

Cette expérience est fréquemment étudiée dans les cursus de psychologie que ce soit dans le domaine de la psychologie sociale pour évoquer la question de l’autorité et de ses conséquences sur le comportement (aussi pour expliquer la notion d’état agentique) mais aussi elle est perçue dans un contexte plus méthodologique pour évoquer les différents dysfonctionnements dont elle a souffert tant sur le plan éthique que sur celui de sa validité.  Pour mener ma réflexion je me suis notamment appuyé sur un documentaire (disponible en lien dans L’effet Lucifer dans la prison de Zimbardo ), ce documentaire comprend notamment de nombreux extraits vidéo d’origine. 

La principale et première conclusion que l’on a tendance à déduire de cette expérience est qu’il n’est pas forcément difficile de perdre le contrôle d’une situation même si elle est d’ordre expérimentale. On pourrait pousser plus loin cette idée en soulignant à quel point il peut être particulièrement difficile d’étudier cette « matière » qu’est l’humain. le protocole expérimental annonçait une durée de deux semaines mais tout se termina en six jours, de nombreuses personnes connurent durant ce court laps de temps des moments très pénibles et certains conservèrent même des séquelles.

Maintenant je vais tâcher d’exprimer au mieux les idées qui me sont venue au sujet de cette expérience unique en son genre. Tout d’abord il faut préciser que Zimbardo s’est efforcé de choisir ses participants avec le plus grand soin. Les candidats passèrent des tests pour jauger leur personnalité, leur passé judiciaire fut examiné et ils eurent droit à une réunion d’information. D’ailleurs les quelques images de cette réunion sont intéressante car elles dénotent d’une ambiance bon enfant ou la décontraction semble de mise et où les rires fusent sans trop de peine. C’est d’autant plus frappant que cela ne va pas durer bien longtemps. 

Le déroulement de la première journée aurait déjà de quoi saper la bonne humeur de certains, en effet les tout  nouveaux prisonniers vont connaitre un début en fanfare. Nous sommes en Août, c’est le matin et il fait beau, les gens sortent de chez eux pour profiter de cette matinée estivale et ne savent pas encore qu’ils vont être témoins d’un spectacle singulier. Des portes s’ouvrent, sur le perron deux policiers encadrent un jeune homme qui est mené ainsi jusqu’à un véhicule de police, puis après avoir été fouillé ce dernier se fait menotter et placé dans la voiture qui part précipitamment. Le voisinage se fait la réflexion qu’il vient d’assister à une arrestation en bonne et due forme mais ne peut imaginer la raison de celle-ci. En cette début de journée cette scène se reproduira à plusieurs reprises, l’expérience de Stanford vient de commencer. Les pseudo prisonniers encore hagard arrivent au poste de police du coin où ils sont mis en cellule puis voient leurs empreintes relevé. Jusqu’au tout dernier moment les prisonniers ont cru qu’ils seraient informé du début de l’expérience par un coup de fil, ils ne s’attendaient sûrement pas à ce qu’en lieu et place de la sonnerie du téléphone ils entendent en fait les sirènes de police. Rien n’indiquait que l’expérience débuterait de la sorte, certes le but avoué était de mettre les participants dans l’ambiance pour qu’ils jouent au mieux le rôle qui allait être le leur mais il est indéniable qu’éthiquement parlant c’est assez discutable.

Les prisonniers sont accueilli dans les sous sol de l’université par les gardiens tout à leur rôle, la préparation des prisonniers peut aussi soulever quelques interrogations comme de se demander s’il était réellement nécessaire de forcer les jeunes gens à se mettre nu en public pour recevoir leur nouvelle tenue, tenue qui elle aussi est intéressante à observer. En effet les prisonniers sont affublé de blouse qui à chaque instant met à mal leur pudeur et qui entrave leurs mouvements (les chaines aux pieds n’aident guère), ils sont parfaitement indissociable les uns des autres et seul un matricule les différenciera. Ce matricule d’ailleurs les prisonniers et les gardiens seront priés de les connaitre par cœur, pour cela rien de tel qu’un « comptage de prisonniers » sorte d’appel à faire régulièrement. Ce comptage va rapidement devenir une sorte de rituel mais aussi et surtout un excellent prétexte pour  maltraiter les prisonniers. Ce cérémonial semble avoir littéralement lavé ces participants de leur individualité. La journée s’écoule calmement, tout le monde se comporte comme il faut, fait ce qu’on lui demande et joue son rôle. Le calme avant la tempête…

Au matin du deuxième jour une révolte éclate, les prisonniers se retranchent dans leur cellule qu’ils bloquent avec leurs lits et refusent toute coopération avec les gardiens qui de leurs côté redoublent d’efforts pour venir à bout du conflit quitte à utiliser les extincteurs présent dans les locaux pour asperger les reclus. Ce détail à son importance car à aucun moment dans leur formation les gardiens ont eu l’indication de pouvoir utiliser d’autres objets que ceux fourni dans leur équipement. Pour régler le problème d’une efficace façon, les gardiens demandent conseil à Zimbardo qui leurs explique que dans les prisons américaines il est classique pour éviter les rebellions de faire de sorte de diviser les prisonniers les uns d’avec les autres en instaurant un climat de méfiance. Cela ne tomba pas dans l’oreille de sourds et les gardiens commencèrent à propager l’idée que parmi les prisonniers se cachaient des informateurs. L’effet fut rapide, le doute s’installa chez chacun des prisonniers qui commença à se méfier des idées de son voisin. Il est en effet plus facile d’obtenir l’obéissance d’une personne que d’un groupe de personnes. Pour majorer encore ce résultat les gardiens créèrent une mauvaise cellule où les conditions de vie seraient pénible et une bonne cellule plus agréable, toujours dans le but de favoriser chez les détenus un esprit de rivalité, de méfiance et donc au final pour éviter qu’il ne forme un groupe soudé. 

Avant de poursuivre il est important de revenir sur cette rébellion qui marqua particulièrement le déroulement de l’expérience. Cet événement a-t-il été le déclencheur des violences postérieures ? Pourquoi les prisonniers se sont-ils ainsi soulevés ? Difficile de savoir sans informations précise, peut être les prisonniers ont-ils voulu réparer l’offense qu’ils ont ressenti la veille lors de leur arrivée à la prison, une façon peut être de retrouver cette individualité mise à mal. Peut être y a t-il eu des comportements abusif de la part des gardiens durant la nuit (il semblerait que du début à la fin les participants aient pensé que les caméras utilisé pour enregistrer l’expérience étaient éteintes la nuit). A part que les prisonniers aient simplement voulu tester les limites de leur rôle. Quelque soit la raison première, cette révolte semble marquer le début des violences qui rythmèrent les jours suivants. Mais est-ce vraiment le cas ? Toujours est-il qu’à partir de là les gardiens montrèrent plus d’investissement que jamais à tenir leur rôle. Ils firent aussi preuve d’esprit d’initiative, trop peut être. 

Zimbardo n’a t-il pas commis une erreur en laissant les gardiens agir à leurs guise ? Sûrement. Toujours est-il que la situation ne va pas aller en s’arrangeant. A ce moment là le comptage mis en place pour dénombrer les prisonniers commence à devenir un moment pénible pour ces derniers contraint entre autres d’exécuter les ordres des gardiens, la journée s’écoule lentement, un prisonnier ne le sait pas encore mais il est en train de passer ses derniers moments dans la prison de Stanford. Ce dernier commence à montrer des signes inquiétants, des troubles du comportement. Il crie sans raison, semble confus dans ses propos et finalement Zimbardo décidera de lui faire quitter l’expérience. Ce dénouement inattendu n’est-il pas le signe que quelque chose ne va pas ? Normalement les participants avaient été choisi selon des critères précis, leur santé mentale notamment a été étudié, ils ont répondu à a des tests censé exclure les individus « fragile » hors ce qui est arrivé à ce prisonnier au bout de deux jours à peine n’est-elle pas la preuve que certaines personnes participant à cette expérimentation n’ont pas le profil idéal ? Ce qui est arrivé en ce deuxième jour aurait peut être dû faire réfléchir sur la viabilité de cette expérience, sur les risques encourus de la poursuivre. Mais il n’en fut rien.

Ces deux premiers jours sont cruciaux dans le déroulement de cette expérience. Nous avons vu que l’individualité des prisonniers a été malmené, sciemment certes mais d’une telle façon que cela va prendre des proportions imprévisible, nous allons voir par la suite que l’autorité qui à l’origine est étudié ici va rapidement devenir un problème. Nous verrons comment les jours suivant cette notion d’autorité va conduire à des débordements de toute sorte et nous verrons aussi qu’elle n’était pas entre les mains de la bonne personne et pourquoi. 

 

 

expérience de Stanford

 

Pour commencer cette section sur les chapeaux de roues quoi de mieux que de faire un article sur l’expérience de Stanford mené par Philip Zimbardo en 1971 ? A côté de cette expérience la télé-réalité paraîtrait (presque) innocente. Au départ Zimbardo cherchait simplement à comprendre la raisons des conflits pouvant exister dans les prisons. Il pensait que le contexte expliquait l’activation de certains comportements en dépit de la personnalité propre des individus concernés. Autrement dit les particularités du système carcéral se devaient d’expliquer les difficultés rencontré dans les prisons. 

Plutôt que d’observer directement un vrai centre de détention Zimbardo eu l’idée de recréer de A à Z une prison dans les sous-sol de l’université de Stanford. Il sélectionna lui-même les participants de son  expérience via des petites annonces (il s’agissait d’étudiants). A l’origine les participants (au nombre de 24) furent choisi de façon raisonné, ils passèrent des tests pour s’assurer de leur stabilité et de leur maturité, les candidats jugé potentiellement instable furent écartés. Zimbardo divisa le groupe en deux et distribua les rôles par tirage au sort. 12 des étudiants devinrent des prisonniers et les 12 autres les gardiens de la prison. Les participants n’avaient plus qu’à attendre le coup de fil leurs annonçant le début des festivités de l’expérience. Les prisonniers en tout cas ne furent pas déçus, ils eurent la (mauvaise ?) surprise d’être tiré du lit par de vrais policiers qui leurs mirent les menottes aux poignets et les amenèrent en voiture et toute sirène hurlante à l’université. Mise dans l’ambiance garantie ! 

En admettant que les tout nouveaux prisonniers aient pu profiter du trajet pour se réveiller ils étaient loin d’être arrivés au bout de leur peine. Nous sommes le 17 Août 1971, les participants ne le savent pas encore mais leur vie est sur le point de basculer. D’abord les étudiants doivent entrer dans leur rôle, pour cela les gardiens sont habillés d’un uniforme beige, d’une matraque et de lunettes de soleil (pour éviter le contact visuel). Les prisonniers quant à eux se voient remettre une blouse qu’ils devront porter sans sous-vêtements associé à des tongs, sur leur tête ils devront avoir un bas couleur chair pour donner l’impression qu’ils sont rasés. Ils ne seront identifier que grâce à un numéro et vivront H 24  dans les différentes cellules de la prison, les gardiens ont préalablement reçu une formation et auront le droit de rentrer chez eux à la fin de la journée. 

gardien de la Stanford prison.

je sens qu’on va bien s’amuser…

Le premier jour. 

Après un petit tour par le poste de police tout le monde se retrouve sur les lieux de l’expérience. Chacun se glisse petit à petit dans son nouveau rôle, découvre les lieux et apprend le fonctionnement de la prison. Entre autres joyeusetés les prisonniers sont lavés avec des produits anti-parasites et doivent avoir aux chevilles des chaines dans le but d’entraver leurs mouvements. Les prisonniers devront rester dans leurs cellules, les gardiens peuvent user de tout les moyens nécessaires pour gérer les prisonniers mais pas forcément de la violence. Cette première journée est plutôt calme, chacun joue le jeu. Un « comptage des prisonniers » est mis en place pour que tout le monde apprenne les numéros d’identification. 

Le deuxième jour. 

Une émeute éclate parmi les prisonniers, ces derniers ont pris l’initiative de bloquer les portes de leurs cellule avec leurs lit et refusent de coopérer. Les gardiens mettent un certain temps à juguler la crise n’hésitant pas pour tenter de rétablir l’ordre à user de divers moyens comme asperger les rebelles avec des extincteurs (ils en ont pris initiative !), ils décide par la suite de créer une mauvaise cellule où les conditions de vie seront particulièrement difficile (pas de lit juste un matelas par exemple) et une bonne cellule dans laquelle il sera plus agréable de vivre. Le but est de faire croire aux prisonniers que se cachent des informateurs, ou une façon de mettre en pratique le vieil adage « diviser pour mieux régner ». Cela fonctionne et un prisonnier est désigné comme bouc émissaire et enfermé dans la mauvaise cellule. A la fin du deuxième jour un premier prisonnier (le prisonnier 8617) doit quitter les lieux car ses réactions deviennent inquiétantes. 

Le troisième jour.

La situation continue de se dégrader. Le moment de l’appel des prisonniers devient un calvaire, il dure des heures pendant lesquelles les gardiens font subir des humiliations de tout ordre (les prisonniers sont notamment contraints d’effectuer des exercices physique pendant une durée indéterminée). L’accès aux toilettes devient très réglementé voire impossible, la plupart des prisonniers doivent se soulager dans des seaux qu’ils n’arrivent pas à vider car les gardiens refusent. La privation de nourriture est souvent pratiqué. Fait marquant : un prisonnier écrit une lettre à sa famille et la signe… avec son matricule ! Un autre prisonnier commence à développer d’important troubles émotionnels et doit quitter l’expérience. Un des gardiens particulièrement cruel est surnommé par les prisonniers « John Wayne. » 

gardiens et prisonniers à Stanford

Le quatrième jour.

Les heures ne sont plus qu’une longue suite de contraintes pour les prisonniers, les gardiens les harcèlent sans cesse en les forçant à exécuter leurs moindre désirs comme faire des pompes, rester debout en permanence etc… ils aiment à leurs faire répéter le règlement qu’ils ont eux même créé. Les prisonniers doivent notamment psalmodier un nombre incalculable de fois cette phrase : « Smoking is a priviliege » en étant debout les mains au mur et du même coup subir les gardiens qui les contraignent à ne fumer que quand ils leurs en donnent l’autorisation (alors que ces derniers ne se privent pas d’en griller une !), il en va de même pour aller aux toilettes, manger… N’en pouvant plus le prisonnier 819 se barricade alors dans sa cellule. Il est pris en charge par Zimbardo qui lui propose de partir mais alors qu’il doit rendre sa décision il entend les autres prisonniers reprendre en chœur des insultes à son égard, ces derniers lui reprochant entre autre choses d’être lâche. Le prisonnier fait une crise de nerfs mais malgré tout demande à continuer, finalement il devra partir. Mais des rumeurs d’évasion commencent à circuler, Zimbardo décide alors de déménager toute l’expérience dans les locaux de la police de Stanford qui refuse. Zimbardo se met en colère après eux, plus tard il admettra s’être trop pris au jeu (il jouait le rôle du directeur de la prison).

Le cinquième jour.

Le prisonnier 416 qui remplace un des prisonniers parti précocement s’offusque des conditions de vie qui se sont fortement dégradés en entament une grève de la faim. Il fut enfermé dans un placard minuscule pendant trois heures, pendant ce temps les gardiens mais aussi les camarades du prisonnier devait à tour de rôle frapper sur la porte du placard en insultant celui qui était à l’intérieur. Il est tout bonnement devenu inadmissible qu’il puisse y avoir de la désobéissance au sein de la prison. Ce fut aux autres prisonniers de décider de son sort via un dilemme que posa les gardiens. S’ils acceptaient que leur camarade ne sorte il fallait qu’ils sacrifient leur couverture pour la nuit. Ils choisirent de garder leur couverture et le prisonnier 416 resta pour la nuit. Zimbardo intervint et ramena le prisonnier à sa cellule. Les lieux deviennent réellement insalubre, la violence ne fait que s’amplifier surtout la nuit car les gardiens pensaient que les caméras chargés de filmer étaient éteintes (ce qui n’était pas le cas). Remarquons au passage que de nombreuses personnes sont allés dans la prison au cours de l’expérience, à commencer pas les familles des participants pourtant il n’y eu a aucun moment des remarques ou des inquiétudes au sujet de la situation (il faut tout de même souligner, au moins au début, que l’ambiance dans la prison était un peu plus agréable pendant le temps des visites !). Concernant les violences nocturne il faut rappeler qu’à l’origine les gardiens pouvaient rentrer chez eux le soir mais que rapidement ils décidèrent dans un esprit particulièrement zélé de rester sur place en permanence. « John Wayne » se montre particulièrement virulent envers les prisonniers (c’est lui qui met au point « la punition » du prisonniers 416) mais aussi envers les autres gardiens qui doivent lui obéir au doigt et à l’œil. 

Stanford prison

Un réalisme au delà de l’imaginable

Le sixième jour. 

L’ancienne étudiante et compagne de Zimbardo Christina Maslach se rend à la prison (pour interviewer les prisonniers) et se scandalise de ce qu’elle y voit.  Il lui faudra insister et aller jusqu’à menacer de rompre avec lui pour qu’elle parvienne à convaincre Zimabardo de tout arrêter. L’expérience est finie, elle devait durer au moins deux semaines et n’a finalement pas tenue sept jours. 

Et après…

Très vite de nombreuses critiques fusèrent. Les tests utilisés n’auraient pas été des plus efficaces pour pouvoir juger des tendances sadique de quelqu’un, en choisissant de jouer un rôle dans « sa prison »Zimbardo a perdu toutes chances d’être l’observateur objectif qu’il aurait dû être. Éthiquement parlant  cette expérience est hautement discutable : les sujets n’ont pas été informé clairement de toutes les modalités de l’expérience, ils ont subi toutes sorte d’outrages d’ordre physique et psychologique, ils ne pouvaient quitter l’expérience même s’ils en émettaient clairement le souhait. 

Des participants furent interrogés par la suite sur ce qu’ils ont vécu (notamment 40 ans après), ils révélèrent de nombreux dysfonctionnements au sein de la prison. Entre autres le choix des rôles n’aurait pas été tout à fait aléatoire, certaines règles prévalant n’existaient pas pour de bon dans les vraies prisons. Ils expliquèrent aussi que tout les gardiens n’agissaient pas de la même façon (1/3 qui se comportaient comme il se devait, 1/3 étaient particulièrement gentils avec les prisonniers les aidant le plus possible et 1/3 avaient un comportement particulièrement cruel en particulier le fameux « John Wayne ») cette information est intéressante car elle contredit l’idée de départ de Zimbardo comme quoi c’est la situation qui prévaut dans le choix d’un comportement (si tel avait été le cas tous les gardiens auraient eu à peu près le même comportement).  

Cette expérimentation a été l’objet d’un livre et de deux films. Zimbardo fut consulté à plusieurs reprises et il s’impliqua même dans l’affaire des abus de la prison d’Abu Grhaib en 2004.

Pour en savoir plus :

  • Le site officiel de Philip Zimbardo.
  • Une revue édité à Stanford 40 ans après les faits avec notamment le témoignage de certains participants. (en)
  • Un reportage sur cette expérience avec des explications et des images d’archive. (en)