Articles Tagués ‘psychologie sociale’

summer camps

Les grandes vacances arrivent à grands pas et pour fêter ça je vous propose aujourd’hui d’aller faire un tour dans une colonie de vacances assez particulière. 

Muzafer Sherif qui est un des fondateurs de la psychologie sociale s’intéresse tout particulièrement à la notion de groupe. Par groupe il faut entendre ici un ensemble de personnes qui serait amené à tisser des relations interpersonnelles, à s’influencer mutuellement, à mettre leur but personnel respectif dans l’élaboration et la poursuite d’un nouveau but commun et qui au final en viendrait à créer une organisation nouvelle et propre à ce nouveau groupe avec un rôle pour chacun et la mise en place de valeurs et de croyances communes à tout les membres de ce groupe et différentes de celles des autres groupes. Donc pour faire simple l’équipe de foot dont vous faites partie est un groupe, votre famille aussi ainsi que votre bande d’amis depuis le lycée. Le dernier groupe de musique à la mode aussi même si vos oreilles auraient aimé apprendre le contraire par contre le regroupement qui se forme tout les soirs autour de l’arrêt de bus local n’est pas un groupe.  Nous disions donc que Sherif s’intéressait tout particulièrement aux groupes et il a bien raison car (et la psychologie sociale tourne beaucoup autour de ça) il est utile de comprendre comment et pourquoi un groupe humain fonctionne. C’est ainsi qu’avec ses collaborateurs ( O.J Harvey, B. Jack White, William R. Wood, Carolyn W. Sherif) Sherif a consacré la deuxième moitié des années 50 et le début des années 60 (1954-1961) a étudié les rapport et notamment les conflits pouvant exister entre les groupes. Pour étudier cela l’équipe a mis au point une expérience originale qui sera par la suite connu sous le nom de l’Expérience de la caverne aux voleurs. 

Ce nom cette expérience le doit au parc d’état de la Caverne des Voleurs (Robbers Cave State Park) situé dans l’Oklahoma (USA) où elle se déroula pendant plusieurs semaines. Les participants étaient 22 garçons âgés de 11 ans au début de l’expérience, ils sont issus de la classe moyenne et n’ont pas connu de carences affectives particulières, leur instruction est équivalente et leur niveau intellectuel aussi (tant qu’on y est leur Q.I aussi est équivalent). Bien évidemment aucun de ces garçons ne se connaissaient au préalable. Ils furent donc amenés par les expérimentateurs dans un immense parc naturel mais ils furent en premier lieu divisé en deux groupes égaux (2 groupes de 11 garçons pour ceux qui n’auraient pas suivi 😉 ) et chacun des groupes ignore l’existence de l’autre.  

Vue d'ensemble du parc où a eu lieu l'expérience

Vue d’ensemble du parc où a eu lieu l’expérience

Avant de poursuivre autant expliquer de suite le pourquoi du comment de ce choix fait par Sherif. Pourquoi ce dernier a t-il choisi de cacher l’existence des groupes aux enfants ? Pour deux raisons certainement. La première est que pour étudier et manipuler les groupes les expérimentateurs ont tout intérêt à contrôler leur mise en place. Hors dans la vie de tout les jours il es difficile de prévoir qui va se lier avec qui et comment tout cela va évoluer, donc si tout les enfants avaient été mis en présence les uns avec les autres et ce même s’ils avaient été répartis aléatoirement dans deux groupes distincts il y auraient eu de forte chances que des groupes alternatifs se soient construits en marge de ceux prévus et auraient donc compliqué la tâche de l’équipe. De plus le fait de présenter le nouveau groupe bien après la solidification de ceux-ci amène de suite un sentiment de méfiance, d’opposition envers ces « nouveaux », ces « étrangers. » Mais nous reviendrons sur ça plus tard. 

L’ambiance est dans un premier temps bon enfant, les jeunes garçons sont invités à participer des activités typique de ce genre de sortie. Natation, feu de camp, jeux  divers etc… chacun des deux groupes vaque à ces occupations insouciamment. Sans se douter que quelque part dans ce grand parc un groupe de jeunes garçons est en train de vivre la même expérience. Pour s’assurer une bonne cohésion de groupe les expérimentateurs n’hésitent pas à encourager les jeunes à trouver un nom pour leur groupe respectif, c’est ainsi que les premiers décident de se baptiser les Aigles (Eagles) et les seconds choisissent de s’appeler les Crotales (Rattlers). Ils sont invités à créer des T-shirt où ils dessineront leur animal totem et à fabriquer un drapeau. Les jours passent, les groupes sont formés, soudés, les différentes conditions sont remplis pour qu’existe une réelle et forte identité de groupe. Il est alors temps de passer à la deuxième phase de cette expérience. 

Instantané d'une journée comme les autres dans un camp d'été

Instantané d’une journée comme les autres dans un camp d’été

Avant d’évoquer cette première rencontre revenons rapidement sur l’impact que cette dernière pourrait avoir sur nos jeunes participants. En psychologie sociale nous parlerons d’endo-groupe pour évoquer le groupe auquel on appartient (de façon momentanée s’entend) et d’exo-groupe pour désigner les autres groupes, par définition le ou les groupe(s) auquel on n’appartient pas.  L’endo-groupe est favorisé au détriment de l’exo-groupe via notamment des biais pro endo-groupes comme le montre Tajfel dans une de ses expériences. En favorisant son groupe d’appartenance on se valorise soi même, on protège son estime personnelle. L’exo-groupe est alors perçu comme inférieur, moins bon que le sien. Il amène aussi une certaine défiance. Et c’est ce qui va intéresser nos chercheurs qui veulent mettre en place une situation de conflit entre les deux groupes formés. Et qui vont donc se servir de ces tendances là. 

La première rencontre entre les Aigles et les Crotales

La première rencontre entre les Aigles et les Crotales

Les deux groupes (similaires en tout point rappelons le) sont donc mis en présence, c’est la stupéfaction pour tous. Mais les surprises ne sont pas finies, les expérimentateurs leur ont réservé quelques activités. Plus particulièrement Sherif imagine un tournoi qui opposerai les deux équipes. Les points remportés par les uns et les autres seront cumulatifs et permettra la victoire finale et irrévocable d’un des deux groupes. Différents jeux sont alors proposés et l’esprit de compétition est bien présent, de part les dynamiques que nous avons évoquées précédemment associées au challenge sportif ainsi que la forte identité de groupe. Tout les enfants mettent du cœur à l’ouvrage pour remporter la partie, est solidaire avec son groupe et dénigre l’autre. Après plusieurs jeux (courses, tir à la corde etc…) ce sont finalement les Crotales qui remportent le tournoi. Mais il faut croire que la fin de la compétition ne marque pas la fin des hostilités entre les deux groupes, bien au contraire… Peu après leur victoire les Crotales inventent toutes sortes de chansons et quolibets peu flatteurs à l’encontre des perdants auxquels ces derniers vont bien évidemment répondre. Rapidement les deux groupes refusent toutes interactions  au point de refuser de manger au même endroit en même temps. Mais ce n’est pas fini, les Crotales provoquent les Aigles et font définitivement virer l’ambiance au vinaigre en plantant symboliquement leur drapeau au centre de l’aire de jeux commune (et terre neutre). A partir de là cela n’ira qu’en empirant, les uns s’introduisent sans permission dans les dortoirs des autres, un drapeau est même brûlé par le groupe adverse au nez et à la barbe de ses propriétaires légitimes.

Visite impromptue dans un dortoir ennemi

Visite impromptue dans un dortoir ennemi

Drapeau insultant à l'encontre des Aigles

Drapeau insultant à l’encontre des Aigles

La deuxième phase de l’expérience est une réussite, aucun des deux groupes ne peut plus voir l’autre en peinture. Tellement une réussite que Sherif décide d’abréger cette phase et d’entamer la troisième car il avait peur que la situation ne dégénère trop. Mais en quoi consiste cette troisième phase exactement ? L’équipe veut voir comment il est possible de réconcilier deux groupes antagonistes, comment il est possible d’entamer une réconciliation. Pour cela les deux groupes sont invités à participer à des activités communes, activités qui bien sûr plaisent à tout le monde. Malheureusement si les intentions des expérimentateurs sont louables elles ne sont pas franchement couronnées de succès. Les deux groupes participent notamment à des projections de films en commun…sauf qu’aucun des deux groupes ne veut être en présence de l’autre ! Sherif ne se démoralise pas et réévalue la situation, il reste persuadé que des intérêts communs peuvent les réunir, alors pourquoi les séances de cinéma ont été un échec ? Parce que les enfants ne sont pas assez investis dans ce type d’activité ! Malgré que les deux groupes soient dans un même endroit devant un même film rien ne les oblige à interagir entre eux et c’est cela qui explique qu’ils ne fassent rien pour se rapprocher les uns des autres, ils n’ont simplement aucun intérêt à le faire ! Il faut donc trouver des activités qui obligent les enfants à interagir entre eux et qui soient assez difficiles et importantes pour amener TOUT les enfants à participer et ce quelque soit leur groupe d’appartenance. Bien heureusement ce type d’activités existe. 

Sherif et son équipe de psychologues s’intéressent de près aux situations de résolution de problème, par définition un problème est une situation particulière pour laquelle un sujet donné n’a pas de solution immédiate à lui apporter. Ce type de situations demande de mettre en oeuvre un certain nombre de stratégies en place, stratégies plus ou moins coûteuses cognitivement parlant. Sherif imagine alors une situation illustrant un problème concret  et commun à tout les enfants. L’équipe réunit les deux groupes et leur explique le fait, la réserve d’eau du camp a été vandalisé et il faut qu’ils trouvent une solution pour pouvoir continuer à être approvisionnés en eau potable. L’avantage de ce problème est qu’il touche de près tout les enfant, aucun d’entre eux ne peut dire qu’il n’est pas concerné par ce qu’il se passe. Et il faut bien 22 enfants pour trouver une solution efficace. Cette activité fonctionne bien, les enfants trouvent une solution et la vie au camp est assurée mais surtout les deux groupes se rapprochent petit à petit jusqu’à travailler main dans la main et finalement mettre leurs querelles de côté. 

Sherif et ses collègues ont réussi à réduire considérablement le conflit entre les deux groupes jusqu’à ce moment étaient ennemis. Il est ainsi prouvé que des intérêts communs pourraient servir à réduire des conflits intergroupes, amener les groupes à coopérer entre eux permettrait d’améliorer leur relation future.  Bien évidemment dans la vie de tout les jours la vie ne se déroule pas forcément comme une colonie de vacances, on pourrait reprocher à cette expérience d’avoir mis en place une situation « idéale » et surtout trop éloigné de la réalité. Les participants étaient tous des enfants, les comportements auraient ils été identique chez des adultes ? Tout ces jeunes garçons sont d’un milieu similaire, ont un historique similaire, des différences culturelles par exemple auraient elles pu changer la donne ? Malgré ces interrogations force est de constater que l’apaisement observé des tensions est spectaculaire et intéressant à étudier. On pourrait imaginer comme application de ce type de situation la mise en place d’ateliers inter-générationnel, inter-culturel (par exemple au sein des écoles) ou autres pour amener à une collaboration entre tout ces groupes qui scindent la population et apprendre à dépasser l’intérêt de quelques uns pour s’investir auprès de celui de tous. 

En attendant le camp de la caverne aux voleurs va bientôt toucher à sa fin et l’expérience aussi, la dernière partie du séjour se passe dans une bonne ambiance, les enfants ont su dépasser la notion de groupe et s’entendent tout les uns avec les autres et ce indépendamment de leur groupe d’origine. D’ailleurs pour marquer la fin des vacances ces derniers demandent de leur propre initiative à être pris en photo tous ensemble (photos ci-dessous), une belle photo de groupe pour boucler le récit d’une expérience originale. 

Une fin heureuse

Une fin heureuse

P.S: Le titre de cet article fait bien évidemment référence à l’oeuvre de William Golding « Sa Majesté des mouches » ( Lord of the Flies) qui raconte les aventures d’un groupe d’enfants livré à lui même après un naufrage sur une île paradisiaque mais déserte. Ce qui au début parait être un rêve pour ses enfants tourne au cauchemar, entre peur, trahisons et conflits variés. Ou comment d’innocents enfants parce qu’ils sont livrés à eux mêmes peuvent devenir des monstres. 

Pour en savoir plus:

  • Le site Psychologie Sociale pour trouver toutes les références dans ce domaine de la psychologie
  • Pour approfondir au sujet de cette expérience vous pouvez aller voir ici (en)

 

expérience de Stanford

 

Pour commencer cette section sur les chapeaux de roues quoi de mieux que de faire un article sur l’expérience de Stanford mené par Philip Zimbardo en 1971 ? A côté de cette expérience la télé-réalité paraîtrait (presque) innocente. Au départ Zimbardo cherchait simplement à comprendre la raisons des conflits pouvant exister dans les prisons. Il pensait que le contexte expliquait l’activation de certains comportements en dépit de la personnalité propre des individus concernés. Autrement dit les particularités du système carcéral se devaient d’expliquer les difficultés rencontré dans les prisons. 

Plutôt que d’observer directement un vrai centre de détention Zimbardo eu l’idée de recréer de A à Z une prison dans les sous-sol de l’université de Stanford. Il sélectionna lui-même les participants de son  expérience via des petites annonces (il s’agissait d’étudiants). A l’origine les participants (au nombre de 24) furent choisi de façon raisonné, ils passèrent des tests pour s’assurer de leur stabilité et de leur maturité, les candidats jugé potentiellement instable furent écartés. Zimbardo divisa le groupe en deux et distribua les rôles par tirage au sort. 12 des étudiants devinrent des prisonniers et les 12 autres les gardiens de la prison. Les participants n’avaient plus qu’à attendre le coup de fil leurs annonçant le début des festivités de l’expérience. Les prisonniers en tout cas ne furent pas déçus, ils eurent la (mauvaise ?) surprise d’être tiré du lit par de vrais policiers qui leurs mirent les menottes aux poignets et les amenèrent en voiture et toute sirène hurlante à l’université. Mise dans l’ambiance garantie ! 

En admettant que les tout nouveaux prisonniers aient pu profiter du trajet pour se réveiller ils étaient loin d’être arrivés au bout de leur peine. Nous sommes le 17 Août 1971, les participants ne le savent pas encore mais leur vie est sur le point de basculer. D’abord les étudiants doivent entrer dans leur rôle, pour cela les gardiens sont habillés d’un uniforme beige, d’une matraque et de lunettes de soleil (pour éviter le contact visuel). Les prisonniers quant à eux se voient remettre une blouse qu’ils devront porter sans sous-vêtements associé à des tongs, sur leur tête ils devront avoir un bas couleur chair pour donner l’impression qu’ils sont rasés. Ils ne seront identifier que grâce à un numéro et vivront H 24  dans les différentes cellules de la prison, les gardiens ont préalablement reçu une formation et auront le droit de rentrer chez eux à la fin de la journée. 

gardien de la Stanford prison.

je sens qu’on va bien s’amuser…

Le premier jour. 

Après un petit tour par le poste de police tout le monde se retrouve sur les lieux de l’expérience. Chacun se glisse petit à petit dans son nouveau rôle, découvre les lieux et apprend le fonctionnement de la prison. Entre autres joyeusetés les prisonniers sont lavés avec des produits anti-parasites et doivent avoir aux chevilles des chaines dans le but d’entraver leurs mouvements. Les prisonniers devront rester dans leurs cellules, les gardiens peuvent user de tout les moyens nécessaires pour gérer les prisonniers mais pas forcément de la violence. Cette première journée est plutôt calme, chacun joue le jeu. Un « comptage des prisonniers » est mis en place pour que tout le monde apprenne les numéros d’identification. 

Le deuxième jour. 

Une émeute éclate parmi les prisonniers, ces derniers ont pris l’initiative de bloquer les portes de leurs cellule avec leurs lit et refusent de coopérer. Les gardiens mettent un certain temps à juguler la crise n’hésitant pas pour tenter de rétablir l’ordre à user de divers moyens comme asperger les rebelles avec des extincteurs (ils en ont pris initiative !), ils décide par la suite de créer une mauvaise cellule où les conditions de vie seront particulièrement difficile (pas de lit juste un matelas par exemple) et une bonne cellule dans laquelle il sera plus agréable de vivre. Le but est de faire croire aux prisonniers que se cachent des informateurs, ou une façon de mettre en pratique le vieil adage « diviser pour mieux régner ». Cela fonctionne et un prisonnier est désigné comme bouc émissaire et enfermé dans la mauvaise cellule. A la fin du deuxième jour un premier prisonnier (le prisonnier 8617) doit quitter les lieux car ses réactions deviennent inquiétantes. 

Le troisième jour.

La situation continue de se dégrader. Le moment de l’appel des prisonniers devient un calvaire, il dure des heures pendant lesquelles les gardiens font subir des humiliations de tout ordre (les prisonniers sont notamment contraints d’effectuer des exercices physique pendant une durée indéterminée). L’accès aux toilettes devient très réglementé voire impossible, la plupart des prisonniers doivent se soulager dans des seaux qu’ils n’arrivent pas à vider car les gardiens refusent. La privation de nourriture est souvent pratiqué. Fait marquant : un prisonnier écrit une lettre à sa famille et la signe… avec son matricule ! Un autre prisonnier commence à développer d’important troubles émotionnels et doit quitter l’expérience. Un des gardiens particulièrement cruel est surnommé par les prisonniers « John Wayne. » 

gardiens et prisonniers à Stanford

Le quatrième jour.

Les heures ne sont plus qu’une longue suite de contraintes pour les prisonniers, les gardiens les harcèlent sans cesse en les forçant à exécuter leurs moindre désirs comme faire des pompes, rester debout en permanence etc… ils aiment à leurs faire répéter le règlement qu’ils ont eux même créé. Les prisonniers doivent notamment psalmodier un nombre incalculable de fois cette phrase : « Smoking is a priviliege » en étant debout les mains au mur et du même coup subir les gardiens qui les contraignent à ne fumer que quand ils leurs en donnent l’autorisation (alors que ces derniers ne se privent pas d’en griller une !), il en va de même pour aller aux toilettes, manger… N’en pouvant plus le prisonnier 819 se barricade alors dans sa cellule. Il est pris en charge par Zimbardo qui lui propose de partir mais alors qu’il doit rendre sa décision il entend les autres prisonniers reprendre en chœur des insultes à son égard, ces derniers lui reprochant entre autre choses d’être lâche. Le prisonnier fait une crise de nerfs mais malgré tout demande à continuer, finalement il devra partir. Mais des rumeurs d’évasion commencent à circuler, Zimbardo décide alors de déménager toute l’expérience dans les locaux de la police de Stanford qui refuse. Zimbardo se met en colère après eux, plus tard il admettra s’être trop pris au jeu (il jouait le rôle du directeur de la prison).

Le cinquième jour.

Le prisonnier 416 qui remplace un des prisonniers parti précocement s’offusque des conditions de vie qui se sont fortement dégradés en entament une grève de la faim. Il fut enfermé dans un placard minuscule pendant trois heures, pendant ce temps les gardiens mais aussi les camarades du prisonnier devait à tour de rôle frapper sur la porte du placard en insultant celui qui était à l’intérieur. Il est tout bonnement devenu inadmissible qu’il puisse y avoir de la désobéissance au sein de la prison. Ce fut aux autres prisonniers de décider de son sort via un dilemme que posa les gardiens. S’ils acceptaient que leur camarade ne sorte il fallait qu’ils sacrifient leur couverture pour la nuit. Ils choisirent de garder leur couverture et le prisonnier 416 resta pour la nuit. Zimbardo intervint et ramena le prisonnier à sa cellule. Les lieux deviennent réellement insalubre, la violence ne fait que s’amplifier surtout la nuit car les gardiens pensaient que les caméras chargés de filmer étaient éteintes (ce qui n’était pas le cas). Remarquons au passage que de nombreuses personnes sont allés dans la prison au cours de l’expérience, à commencer pas les familles des participants pourtant il n’y eu a aucun moment des remarques ou des inquiétudes au sujet de la situation (il faut tout de même souligner, au moins au début, que l’ambiance dans la prison était un peu plus agréable pendant le temps des visites !). Concernant les violences nocturne il faut rappeler qu’à l’origine les gardiens pouvaient rentrer chez eux le soir mais que rapidement ils décidèrent dans un esprit particulièrement zélé de rester sur place en permanence. « John Wayne » se montre particulièrement virulent envers les prisonniers (c’est lui qui met au point « la punition » du prisonniers 416) mais aussi envers les autres gardiens qui doivent lui obéir au doigt et à l’œil. 

Stanford prison

Un réalisme au delà de l’imaginable

Le sixième jour. 

L’ancienne étudiante et compagne de Zimbardo Christina Maslach se rend à la prison (pour interviewer les prisonniers) et se scandalise de ce qu’elle y voit.  Il lui faudra insister et aller jusqu’à menacer de rompre avec lui pour qu’elle parvienne à convaincre Zimabardo de tout arrêter. L’expérience est finie, elle devait durer au moins deux semaines et n’a finalement pas tenue sept jours. 

Et après…

Très vite de nombreuses critiques fusèrent. Les tests utilisés n’auraient pas été des plus efficaces pour pouvoir juger des tendances sadique de quelqu’un, en choisissant de jouer un rôle dans « sa prison »Zimbardo a perdu toutes chances d’être l’observateur objectif qu’il aurait dû être. Éthiquement parlant  cette expérience est hautement discutable : les sujets n’ont pas été informé clairement de toutes les modalités de l’expérience, ils ont subi toutes sorte d’outrages d’ordre physique et psychologique, ils ne pouvaient quitter l’expérience même s’ils en émettaient clairement le souhait. 

Des participants furent interrogés par la suite sur ce qu’ils ont vécu (notamment 40 ans après), ils révélèrent de nombreux dysfonctionnements au sein de la prison. Entre autres le choix des rôles n’aurait pas été tout à fait aléatoire, certaines règles prévalant n’existaient pas pour de bon dans les vraies prisons. Ils expliquèrent aussi que tout les gardiens n’agissaient pas de la même façon (1/3 qui se comportaient comme il se devait, 1/3 étaient particulièrement gentils avec les prisonniers les aidant le plus possible et 1/3 avaient un comportement particulièrement cruel en particulier le fameux « John Wayne ») cette information est intéressante car elle contredit l’idée de départ de Zimbardo comme quoi c’est la situation qui prévaut dans le choix d’un comportement (si tel avait été le cas tous les gardiens auraient eu à peu près le même comportement).  

Cette expérimentation a été l’objet d’un livre et de deux films. Zimbardo fut consulté à plusieurs reprises et il s’impliqua même dans l’affaire des abus de la prison d’Abu Grhaib en 2004.

Pour en savoir plus :

  • Le site officiel de Philip Zimbardo.
  • Une revue édité à Stanford 40 ans après les faits avec notamment le témoignage de certains participants. (en)
  • Un reportage sur cette expérience avec des explications et des images d’archive. (en)