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On est Q.I !

Publié: 17 décembre 2014 dans Causeries dans la psycho loge
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Un cerveau en action

Que celui qui n’a jamais tenté de dénicher LE test sur Internet qui lui permettra de connaitre son Q.I lève la main. Le quotient intellectuel ou Q.I pour les intimes est pour beaucoup une donnée importante, une finalité même. Connaitre son Q.I se serait connaitre son intelligence. Mais n’en faisons-nous pas trop ? Faut-il réellement s’appuyer sur un unique chiffre pour juger de l’intelligence d’une personne ? Non, l’intelligence ne se réduit pas qu’au calcul de ce quotient, il en est un élément comme les autres et ne veux rien dire si on l’utilise seul. Pourtant comme le montre l’histoire que je vais raconter, le Q.I occupe une (trop) grand place pour nous et surtout est perçu comme indispensable. Hélas…

En 2005 un homme se rend à l’hôpital dans la région de Marseille pour quelques difficultés lors de la marche, cet homme d’une quarantaine d’années n’est pas précisément un habitué des urgences. Il est pris rapidement pris en charge et passe un scanner. Le résultat de celui-ci va littéralement stupéfier l’équipe médicale. En effet dans le crâne de cet homme « normal », employé dans l’administration depuis des années, marié et père de deux enfants se déroule un bien étrange spectacle. En effet son cerveau est plaqué contre les parois de sa boîte crânienne, rendu à quelques centimètres d’épaisseur de matière. En lieu et place de l’endroit que son cerveau devrait normalement occuper il n’y a que du noir, du vide à observer. Enfin presque, en fait il s’agit du liquide céphalo-rachidien (LCR) normalement présent autour et dans le cerveau. Chez notre patient les ventricules qui contiennent normalement le LCR ont pris un important volume pour compenser une augmentation anormale de la quantité de liquide. Ce sont ces ventricules d’une taille disproportionnée et remplies de LCR qu’observent  les médecins en lieu et place du cerveau à proprement parlé.

La pathologie responsable de cette situation est connue, il s’agit de l’hydrocéphalie qui correspond à une quantité exagérée de LCR dans la boîte crânienne provoquant divers dommage au cerveau par une trop grande pression. Notre patient marseillais souffre d’hydrocéphalie depuis sa naissance et s’il a été au départ suivi a une fois l’âge adulte atteint oublié  de surveiller sa santé. Il est remarquable de constater la qualité de vie de cet homme vis à vis de ce que son cerveau subi depuis des années mais je ne m’étendrai pas plus que ça sur cet aspect. Revenons-en à notre Q.I de départ. On peut imaginer que puisque le cerveau a été mis à rude épreuve des conséquences multiples, entre autres intellectuelles peuvent exister. C’est ce qu’à dû se dire l’équipe médicale qui fit passer à ce patient un test de Q.I. Et le résultat tombe : 75. Soit cinq point de moins que « la normale » qui est à 80. Là non plus je ne m’étendrai pas sur ce résultat en tant que tel, juste pour dire qu’il peut être dû à beaucoup de choses et qu’il est en prendre avec des pincettes. Ce qui m’intéresse en priorité ici, c’est la façon dont ce résultat est perçu.

Oublions un instant la personne détentrice de ce résultat et concentrons-nous juste sur ce chiffre de 75. Comme je l’ai dit au tout début de l’article le Q.I est perçu comme important, tout le monde le connait et s’y intéresse d’une façon ou d’une autre. Pour faire court dans notre société l’intelligence est une notion mise en avant, elle peut être vu d’une façon négative ou positive mais elle est toujours vu. Il suffit de voir le nombre d’idées, d’images, de croyances, de mots même qui évoquent l’intelligence d’une façon ou d’une autre dans nos cultures pour voir à quel point cette notion n’est pas anodine. A quel point un « trop plein » ou un « manque » d’intelligence peut influencer durablement et globalement la vie de quelqu’un et de l’entourage pour prendre conscience de l’importance de la chose. Malheureusement nous adorons tous autant que nous sommes simplifier ce qui nous entoure, en particulier ici l’intelligence est souvent ramenée à une donnée précise : le Q.I. Hors assimiler Q.I et intelligence est une mauvaise idée tellement cela est faux. Le Q.I n’est qu’un élément de l’intelligence. C’est à Wilhelm Stern que l’on doit l’existence du terme et de l’idée de quotient intellectuel mais c’est à David Wechsler que l’on doit celui que l’on connait le plus aujourd’hui.

Depuis plus d’un siècle existe l’idée de mesurer l’intelligence, que se soit chez les enfants et plus tard chez les adultes. De nombreux moyens furent mis en place, le Q.I est l’un d’entres eux. Pourquoi a-t-il connu tant de succès ? Entre autres parce que le Q.I a su contrairement à d’autres données chiffrées se dégager de la notion de classe d’âge qui pourrait s’avérer trop restrictive et en manque de pertinence une fois l’âge adulte atteint. Victime de sa clarté le Q.I devint bientôt la mesure phare, celle qui en un calcul fait le tour de l’intellect d’une personne et ce quelque soit son âge. Sauf que non, le Q.I pour être pleinement efficace doit être étudié en association avec d’autres éléments. Malheureusement ce « détail » est très souvent oublié. Il existe d’autres mesures de l’intelligence qui ne manquent pas d’intérêts et d’autres formes d’intelligence tel que le Q.E (quotient émotionnel qui commence à faire parler de lui). Surtout le Q.I n’est pas parfait en soi, les tests associés font l’objet de critiques, notamment le calcul du Q.I global (association entre un Q.I verbal et un Q.I de performance) en laisse certains sceptiques.

Donc à la lumière de ces quelques éléments on peut commencer à entrevoir le problème que pose ce 75 de Q.I. Un certain nombre d’articles relatant cette histoire ne s’y sont d’ailleurs pas trompé et on mis l’accent sur ce résultat. Laissant parfois de côté toute sa dimension humaine pour ne le regarder que d’un point de vue statistique.  Le résultat est inférieur à la moyenne, de part tout ce que le Q.I représente cela ne pouvait rester sous silence. Et c’est là le problème. Que représente le Q.I dans la vie de cette personne ? Certainement pas grand chose. Que représente le Q.I au regard des problèmes d’ordre cérébral évoqués ci-dessus ? Pareil que tout à l’heure, pas grand-chose. Les cas médicaux comme celui-ci sont trop anecdotiques et mal étudiés pour que l’on puisse s’en servir au regard du Q.I. Alors pourquoi insister autant sur une chose dont on ne sait pas bien au final si elle est en lien avec le reste ? A quoi cela peut-il bien servir ?

Dans le cas présent il y a bien d’autres choses à regarder, à essayer de comprendre. Des choses bien plus intéressantes que le Q.I. On pourrait avoir l’impression que le Q.I est presque plus important que le reste, on ne connait, par exemple,  rien des symptômes que cet homme a pu avoir dans sa vie en rapport avec ce qui se passait dans son crâne (et qui pourrait être intéressants à connaitre pour de futurs malades), on n’en connait pas plus sur la façon dont il a été traité et comment la guérison s’est passé, on ne connait pas non plus les raisons exactes qui ont conduit à cette situation mais… on connait son Q.I ! J’espère sincèrement que les articles scientifiques relatant cette affaire ont su, eux, mettre l’accent sur les choses importants et laisser le quotient intellectuel à sa place. Malheureusement comme les articles de vulgarisation ont un impact plus fort de par leur accessibilité le problème reste quand même là. On a tendance à juger ce patient en rapport avec son Q.I plus qu’avec ses capacités d’adaptations notamment.

Je me dis que si mesure de Q.I il n’y avait pas eu, non seulement on aurait rien perdu mais on aurait pu en profiter pour voir autre chose que l’intelligence (du point de vue du Q.I). Cette histoire illustre bien la question de la valeur donnée au Q.I mais il suffit d’allumer sa télé pour constater que nombres de séries font l’apologie d’un (ou plusieurs) personnage(s) au Q.I supérieur à la moyenne et présentés comme très intelligent (forcément !). Il suffit de taper « quotient intellectuel » sur Internet pour être noyé sous une vague de sites vantant tous les mérite d’un test de Q.I efficace. Franchement qu’est-ce que ça change de connaitre son Q.I ? Celui d’un tiers ? Certes le milieu où l’on évolue nous amène à considérer comme important ce chiffre, certains employeurs l’utilisent, certains parents et/ou professeurs le demandent, ça peut être une façon comme une autre de s’explorer mais il faut le regarder tel qu’il est vraiment. Un chiffre, un simple chiffre intéressant mais qui ne se suffit pas à lui même. Alors oui si l’on fait ça on le trouvera de suite moins intéressant (et moins stigmatisant !) mais ça ne sera que plus proche de la réalité.

Le Q.I peut varier avec l’âge, le temps qui passe, votre état d’esprit ou de santé au moment de la passation, le test que vous utilisez. Il n’est qu’un élément parmi une quantité d’autres formant l’intelligence et il n’est qu’une goutte d’eau à l’échelle d’une personne dans son entier. Il n’a valeur de vérité générale que parce qu’on fait tout pour la lui donner, il n’est en fait qu’un nombre créé par des hommes qui devaient répondre aux exigences d’une époque. Ne l’oublions pas si nous voulons l’utiliser dans les règles de l’art car oui le Q.I est utile mais pas auto-suffisant et encore moins immuable.

Maintenant que cela est dit revenons à notre patient du début. Laissons son Q.I de côté, nous le connaissons c’est suffisant, ce n’est pas la donnée qui à mon sens à le plus d’intérêt ici. Reprenons maintenant cette histoire, que voyons-nous sous ce nouveau regard  ? Qu’est-ce que l’on apprend en vérité sur lui ? Sur nous ? Et sur cet organe extraordinaire qu’est le cerveau ? C’est ce que l’on essayeras de savoir dans un prochain article.

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