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On est Q.I !

Publié: 17 décembre 2014 dans Causeries dans la psycho loge
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cerveau

Un cerveau en action

Que celui qui n’a jamais tenté de dénicher LE test sur Internet qui lui permettra de connaitre son Q.I lève la main. Le quotient intellectuel ou Q.I pour les intimes est pour beaucoup une donnée importante, une finalité même. Connaitre son Q.I se serait connaitre son intelligence. Mais n’en faisons-nous pas trop ? Faut-il réellement s’appuyer sur un unique chiffre pour juger de l’intelligence d’une personne ? Non, l’intelligence ne se réduit pas qu’au calcul de ce quotient, il en est un élément comme les autres et ne veux rien dire si on l’utilise seul. Pourtant comme le montre l’histoire que je vais raconter, le Q.I occupe une (trop) grand place pour nous et surtout est perçu comme indispensable. Hélas…

En 2005 un homme se rend à l’hôpital dans la région de Marseille pour quelques difficultés lors de la marche, cet homme d’une quarantaine d’années n’est pas précisément un habitué des urgences. Il est pris rapidement pris en charge et passe un scanner. Le résultat de celui-ci va littéralement stupéfier l’équipe médicale. En effet dans le crâne de cet homme « normal », employé dans l’administration depuis des années, marié et père de deux enfants se déroule un bien étrange spectacle. En effet son cerveau est plaqué contre les parois de sa boîte crânienne, rendu à quelques centimètres d’épaisseur de matière. En lieu et place de l’endroit que son cerveau devrait normalement occuper il n’y a que du noir, du vide à observer. Enfin presque, en fait il s’agit du liquide céphalo-rachidien (LCR) normalement présent autour et dans le cerveau. Chez notre patient les ventricules qui contiennent normalement le LCR ont pris un important volume pour compenser une augmentation anormale de la quantité de liquide. Ce sont ces ventricules d’une taille disproportionnée et remplies de LCR qu’observent  les médecins en lieu et place du cerveau à proprement parlé.

La pathologie responsable de cette situation est connue, il s’agit de l’hydrocéphalie qui correspond à une quantité exagérée de LCR dans la boîte crânienne provoquant divers dommage au cerveau par une trop grande pression. Notre patient marseillais souffre d’hydrocéphalie depuis sa naissance et s’il a été au départ suivi a une fois l’âge adulte atteint oublié  de surveiller sa santé. Il est remarquable de constater la qualité de vie de cet homme vis à vis de ce que son cerveau subi depuis des années mais je ne m’étendrai pas plus que ça sur cet aspect. Revenons-en à notre Q.I de départ. On peut imaginer que puisque le cerveau a été mis à rude épreuve des conséquences multiples, entre autres intellectuelles peuvent exister. C’est ce qu’à dû se dire l’équipe médicale qui fit passer à ce patient un test de Q.I. Et le résultat tombe : 75. Soit cinq point de moins que « la normale » qui est à 80. Là non plus je ne m’étendrai pas sur ce résultat en tant que tel, juste pour dire qu’il peut être dû à beaucoup de choses et qu’il est en prendre avec des pincettes. Ce qui m’intéresse en priorité ici, c’est la façon dont ce résultat est perçu.

Oublions un instant la personne détentrice de ce résultat et concentrons-nous juste sur ce chiffre de 75. Comme je l’ai dit au tout début de l’article le Q.I est perçu comme important, tout le monde le connait et s’y intéresse d’une façon ou d’une autre. Pour faire court dans notre société l’intelligence est une notion mise en avant, elle peut être vu d’une façon négative ou positive mais elle est toujours vu. Il suffit de voir le nombre d’idées, d’images, de croyances, de mots même qui évoquent l’intelligence d’une façon ou d’une autre dans nos cultures pour voir à quel point cette notion n’est pas anodine. A quel point un « trop plein » ou un « manque » d’intelligence peut influencer durablement et globalement la vie de quelqu’un et de l’entourage pour prendre conscience de l’importance de la chose. Malheureusement nous adorons tous autant que nous sommes simplifier ce qui nous entoure, en particulier ici l’intelligence est souvent ramenée à une donnée précise : le Q.I. Hors assimiler Q.I et intelligence est une mauvaise idée tellement cela est faux. Le Q.I n’est qu’un élément de l’intelligence. C’est à Wilhelm Stern que l’on doit l’existence du terme et de l’idée de quotient intellectuel mais c’est à David Wechsler que l’on doit celui que l’on connait le plus aujourd’hui.

Depuis plus d’un siècle existe l’idée de mesurer l’intelligence, que se soit chez les enfants et plus tard chez les adultes. De nombreux moyens furent mis en place, le Q.I est l’un d’entres eux. Pourquoi a-t-il connu tant de succès ? Entre autres parce que le Q.I a su contrairement à d’autres données chiffrées se dégager de la notion de classe d’âge qui pourrait s’avérer trop restrictive et en manque de pertinence une fois l’âge adulte atteint. Victime de sa clarté le Q.I devint bientôt la mesure phare, celle qui en un calcul fait le tour de l’intellect d’une personne et ce quelque soit son âge. Sauf que non, le Q.I pour être pleinement efficace doit être étudié en association avec d’autres éléments. Malheureusement ce « détail » est très souvent oublié. Il existe d’autres mesures de l’intelligence qui ne manquent pas d’intérêts et d’autres formes d’intelligence tel que le Q.E (quotient émotionnel qui commence à faire parler de lui). Surtout le Q.I n’est pas parfait en soi, les tests associés font l’objet de critiques, notamment le calcul du Q.I global (association entre un Q.I verbal et un Q.I de performance) en laisse certains sceptiques.

Donc à la lumière de ces quelques éléments on peut commencer à entrevoir le problème que pose ce 75 de Q.I. Un certain nombre d’articles relatant cette histoire ne s’y sont d’ailleurs pas trompé et on mis l’accent sur ce résultat. Laissant parfois de côté toute sa dimension humaine pour ne le regarder que d’un point de vue statistique.  Le résultat est inférieur à la moyenne, de part tout ce que le Q.I représente cela ne pouvait rester sous silence. Et c’est là le problème. Que représente le Q.I dans la vie de cette personne ? Certainement pas grand chose. Que représente le Q.I au regard des problèmes d’ordre cérébral évoqués ci-dessus ? Pareil que tout à l’heure, pas grand-chose. Les cas médicaux comme celui-ci sont trop anecdotiques et mal étudiés pour que l’on puisse s’en servir au regard du Q.I. Alors pourquoi insister autant sur une chose dont on ne sait pas bien au final si elle est en lien avec le reste ? A quoi cela peut-il bien servir ?

Dans le cas présent il y a bien d’autres choses à regarder, à essayer de comprendre. Des choses bien plus intéressantes que le Q.I. On pourrait avoir l’impression que le Q.I est presque plus important que le reste, on ne connait, par exemple,  rien des symptômes que cet homme a pu avoir dans sa vie en rapport avec ce qui se passait dans son crâne (et qui pourrait être intéressants à connaitre pour de futurs malades), on n’en connait pas plus sur la façon dont il a été traité et comment la guérison s’est passé, on ne connait pas non plus les raisons exactes qui ont conduit à cette situation mais… on connait son Q.I ! J’espère sincèrement que les articles scientifiques relatant cette affaire ont su, eux, mettre l’accent sur les choses importants et laisser le quotient intellectuel à sa place. Malheureusement comme les articles de vulgarisation ont un impact plus fort de par leur accessibilité le problème reste quand même là. On a tendance à juger ce patient en rapport avec son Q.I plus qu’avec ses capacités d’adaptations notamment.

Je me dis que si mesure de Q.I il n’y avait pas eu, non seulement on aurait rien perdu mais on aurait pu en profiter pour voir autre chose que l’intelligence (du point de vue du Q.I). Cette histoire illustre bien la question de la valeur donnée au Q.I mais il suffit d’allumer sa télé pour constater que nombres de séries font l’apologie d’un (ou plusieurs) personnage(s) au Q.I supérieur à la moyenne et présentés comme très intelligent (forcément !). Il suffit de taper « quotient intellectuel » sur Internet pour être noyé sous une vague de sites vantant tous les mérite d’un test de Q.I efficace. Franchement qu’est-ce que ça change de connaitre son Q.I ? Celui d’un tiers ? Certes le milieu où l’on évolue nous amène à considérer comme important ce chiffre, certains employeurs l’utilisent, certains parents et/ou professeurs le demandent, ça peut être une façon comme une autre de s’explorer mais il faut le regarder tel qu’il est vraiment. Un chiffre, un simple chiffre intéressant mais qui ne se suffit pas à lui même. Alors oui si l’on fait ça on le trouvera de suite moins intéressant (et moins stigmatisant !) mais ça ne sera que plus proche de la réalité.

Le Q.I peut varier avec l’âge, le temps qui passe, votre état d’esprit ou de santé au moment de la passation, le test que vous utilisez. Il n’est qu’un élément parmi une quantité d’autres formant l’intelligence et il n’est qu’une goutte d’eau à l’échelle d’une personne dans son entier. Il n’a valeur de vérité générale que parce qu’on fait tout pour la lui donner, il n’est en fait qu’un nombre créé par des hommes qui devaient répondre aux exigences d’une époque. Ne l’oublions pas si nous voulons l’utiliser dans les règles de l’art car oui le Q.I est utile mais pas auto-suffisant et encore moins immuable.

Maintenant que cela est dit revenons à notre patient du début. Laissons son Q.I de côté, nous le connaissons c’est suffisant, ce n’est pas la donnée qui à mon sens à le plus d’intérêt ici. Reprenons maintenant cette histoire, que voyons-nous sous ce nouveau regard  ? Qu’est-ce que l’on apprend en vérité sur lui ? Sur nous ? Et sur cet organe extraordinaire qu’est le cerveau ? C’est ce que l’on essayeras de savoir dans un prochain article.

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portrait de Zimbardo

Quatre jours se sont écoulés depuis le début de l’expérience dite de Stanford, au bout de quelques heures à peine la situation est devenue difficile voire ingérable. Les gardiens s’avèrent être particulièrement zélés dans leur rôle, la plupart des participants se trouvent dans un fort état agentique ainsi que Zimbardo lui-même.Mais le pire n’est pas encore passé, les dernières heures de cette expérience vont s’avérer particulièrement intense. 

Un prisonnier va sans le vouloir empirer la situation, il s’agit du numéro 416. Contrairement à tout les autres il a « pris le train en marche » soit il n’est pas présent depuis le début. Il est en fait le remplaçant de l’un des prisonniers parti prématurément, peut être est-ce cette particularité qui explique son comportement. En effet ce dernier refuse de rentrer dans le rang et s’offusque des conditions de vie. Il entame une grève de la fin et le soir du cinquième jour il refuse de manger. Comme nous l’avons vu dans la partie précédente un gardien s’avère être particulièrement cruel, il s’agit de John Wayne. Ce dernier n’apprécie pas qu’un de « ses » prisonniers se rebelle et tente de le contraindre à manger mais sans succès. Il décide alors de lui faire payer son insubordination.

Pour arriver à ses fins John Wayne et les autres gardiens enferment de force le prisonnier 416 dans un placard à balai présent sur les lieux. Comme au début de l’expérience les gardiens font preuve d’esprit initiative, pas forcément dans le bon sens du terme. Il s’étaient précédemment servi des extincteurs sans autorisation pour calmer les prisonniers, ils récidivent avec le placard. Encore une fois Zimbardo n’intervient pas…du moins au début.  Les gardiens mettent à contribution les prisonniers dans le sort de l’un des leurs en leurs demandant de choisir entre la libération de leur camarade ou la conservation de leurs couvertures pour la nuit. Les prisonniers choisissent les couvertures et le prisonnier 416 est contraint de passer la nuit enfermé dans le placard. 

Mais pour la peine Zimbardo finit par s’interposer et oblige les gardiens à libérer le prisonnier. Pourquoi à ce moment là ?  N’oublions pas que Zimbardo semble être lui aussi dans un certain état agentique, il y a décharge de ses responsabilités. Ce n’est pas de sa faute si les gardiens font ce qu’ils font, ce n’est pas de sa faute si les prisonniers obéissent aux ordres. Mais ce dernier dans son rôle de directeur de prison concerne quelques limites et elles lui semblent pour la peine dépassées. Il fait donc sortir le prisonnier 416 de sa prison et le remet dans sa cellule. 

Cela fait maintenant cinq jours que l’expérience a débuté, on est en droit de se demander ce que Zimbardo attend pour tout arrêter quand on voit ce qui se passe. Ce n’est pas de lui que viendra l’initiative de mettre un point final. Le lendemain Christina Maslach se rend à la prison pour interviewer les participants. Ce qu’elle voit l’horrifie. Mais avant de poursuivre il nous faut souligner que Christina n’est pas la première personne étrangère à l’expérience à être venue sur les lieux durant les six jours qui se sont écoulés. Des membres des familles des participants sont venus voir leurs proches, des collaborateurs de Zimbzardo sont aussi passés, pourtant aucun ne s’offusquera du déroulement de l’expérience. Pourquoi ? Il est difficile de répondre même si les quelques images diffusés de ces rencontres laissent entendre que les conditions de vie étaient un  peu mieux quand des tiers se trouvaient dans la prison. Néanmoins la détresse psychologique des prisonniers ne faisait guère de doute (rien que les prisonniers qui ont quitté les lieux pas forcément au mieux de leur forme) de plus les conditions d’hygiène n’étaient de toute façon pas optimales. Peut être ces tiers ont eux aussi été happé par l’expérience. 

Mais alors pourquoi Christina Maslach fait-elle exception ? Tout d’abord voyons qui elle est. Christina est une ancienne étudiante en psychologie à l’université de Stanford (le déroulement de l’expérience est contemporain à l’obtention de son doctorat). Au moment des faits elle est en couple avec Zimbardo. Cela peut sembler secondaire mais ce n’est peut être pas le cas. Toujours est-il qu’elle est sous le choc de ce qu’elle voit et décide de voir immédiatement Zimbardo pour lui en parler. 

Christina Maslach et Philip Zimbardo

Christina Maslach et Philip Zimbardo

Ce dernier s’avère assez peu coopératif quant au point de vue de sa compagne de longue date, s’ensuit une scène de ménage mémorable qui aboutira à la menace pure et simple de la part de Christina de mettre fin à leur relation. Ce coup sera fatal pour Zimbardo qui décidera alors de tout stopper (mais avait-il vraiment conscience sur le moment de la gravité de ce qui se passait dans son expérience ?). Que se serait-il passé si Christina et lui n’avait pas été en couple ? Les argument de la jeune femme auraient-ils eu la même portée sur le psychologue ? Peut être que non. Le point de vue de l’ancienne étudiante est tout à fait louable, ses arguments sûrement indiscutables (en tout cas plus que ceux de Zimbardo) pour autant on peut craindre que sans la composante affective mise en jeu l’expérimentateur ne soit resté sur sa position. Cette anecdote montre à sa manière que nous sommes autant lié par un raisonnement logique que par nos affects. En attendant le sixième jour n’est pas fini que l’expérience elle vient de se clore. 

Comme nous avons pu le voir l’expérience de Stanford est unique dans son genre. Cette unicité n’est pas forcément à voir dans un sens positif… Néanmoins elle marquera la psychologie sociale et sera remise sur le tapis dés qu’il sera question de comprendre les maltraitance qui peut se produire en milieu carcéral. Zimbardo ne reniera jamais ce qui s’est passé, il en tirera même profit pour comprendre certaines choses. Le vrai point noir est ce qui a pu arriver aux participants durant l’expérience et les séquelles psychologiques qu’ils ont pu avoir par la suite. 

Cette expérience est la somme de plusieurs erreurs, que ce soit la trop grande implication de son investigateur, le mauvais profil de certains participants, le manque de supervision et d’autres encore. On doit malheureusement à cette expérience la prise de conscience de nombreux points éthique. De nos jours les expériences en psychologie et plus généralement en sciences humaines sont bien mieux encadrés. Les expérimentateurs doivent suivre à la lettre un code de déontologie et d’autres règles pour justement éviter que ce qui s’est passé cette fois là ne puisse jamais se reproduire. 

C’était il y a plus de quarante ans, gageons que cette expérience restera vivace chez beaucoup pour encore longtemps. Qu’elle fera encore parler d’elle en bien ou en mal que ce soit en psychologie ou pas. Qu’elle attisera encore l’imagination et continuera autant de fasciner que d’horrifier. Mais surtout et c’est pour ça qu’il faut continuer d’en parler, elle continuera pour toujours je l’espère à être une des meilleures illustrations possible de ce que la psychologie ne doit plus jamais faire.  

Laissons maintenant la porte de la prison de Stanford se refermer. 

La psycho loge ne ferme jamais sa porte à clef, elle est toujours prête à accueillir de nouveaux occupants. D’ailleurs cet été elle a reçu pas mal de visiteurs qui je l’espère auront plaisir à revenir cette année. En tout cas je vais tout faire pour avec en exclusivité la suite et fin de l’expérience de Stanford mais aussi plein d’autres choses qui ne vont pas tarder à arriver.

Alors bonne rentrée à tous et bienvenue en ces lieux !!

face au mur

 

Nous nous étions arrêtés à la fin du deuxième jour, en moins de 48 heures la tension est montré d’un cran dans la prison expérimentale de Stanford jusqu’à ce qu’un prisonnier doive quitter l’expérience. La nuit et la journée qui suivent ne sont pas plus réjouissantes bien au contraire. L’utilisation des toilettes devient compliqué au point que la plupart des prisonniers sont amenés à se soulager dans des seaux….qu’ils n’ont pas l’autorisation de vider. Le comptage des prisonniers devient pour les gardiens une source inépuisable d’ordres douteux, entre les pompes, les flexions et autres exercices physique pratiqué à outrance les prisonniers n’ont pas de répit. Il est temps maintenant de revenir sur le comportement des gardiens et le  moins que l’on puisse dire est qu’il n’est pas vraiment homogène. En effet selon les prisonniers les 12 gardiens peuvent être divisé en trois groupe selon leurs comportement. Un tiers des prisonniers sont considérés comme étant gentils, ils font tout pour aider les prisonniers en leurs rendant la vie plus facile, ils évitent de les brimer et leurs rend leurs privilèges, un autre tiers est considéré comme ayant un comportement normal, ils respectent le règlement et restent le plus neutre possible, le dernier tiers est le plus méchant, ils donnent des ordres exagérés, pratiquent des privations de toutes sortes et n’hésitent pas à faire preuve de cruauté 

Parmi ce dernier tiers un gardien requiert particulièrement notre attention, il a été surnommé John Wayne par les prisonniers à cause de sa cruauté exacerbée (sur la photo illustrant l’article John Wayne est le gardien au fond qui se tient appuyé au mur et qui tient sa matraque). Il a été accusé d’actes et d’insultes homophobe, raciste et même sadique, il fait la loi parmi les prisonniers mais aussi sur ses collègues. Pourquoi lui ? Certainement possédait-il une personnalité particulière, propice à ce genre de débordement, personnalité qui dans un contexte particulier se révèle. Cela irait en l’encontre de l’idée de départ de Zimbardo qui stipulait que la situation était quasi exclusivement responsable du comportement adopté par les personnes mais si tel était le cas alors il y aurait dû avoir d’autres « John Wayne » ou aucun et surtout il n’y aurait pas eu autant de disparité dans le comportement des gardiens.  

Avant d’aller plus loin nous devons revenir sur une notion importante dans cette expérience qu’est celle d’état agentique. Cette idée a été évoqué par Stanley Milgram une décennie plus tôt dans son expérience de la soumission à l’autorité. Il pu constater que dans certaines circonstances un individu passait de ce qu’on appelle un état autonome à un état agentique, dans cet état contrairement au précédent la personne devient l’agent d’une autorité extérieure avec une déresponsabilisation vis à vis des actes commis. Dans cette expérience l’état agentique est on ne peut plus présent parmi les participants.  Dans l’expérience de Milgram cet état avait conduit les participants à infliger à un tiers des décharges électrique de plus en plus  forte voire potentiellement mortelle, chose qu’ils n’auraient certainement jamais fait dans leur état autonome. 

En fait quelles personnes ont ici connu un état agentique ? Pour ainsi dire tout le monde mais à des degrés divers. Peut être sommes nous en permanence à la fois dans un état agentique et autonome et se serait la situation qui déciderait de quel état prendrait le dessus sur l’autre mais en prenant en compte les caractéristiques de chacun (pour une même situation deux personnes pourrait être plus ou moins concerné par un de ces deux états)

En premier lieu les prisonniers sont fortement concernés par cette problématique des états. Comme cela a été dit dans la première partie de cette interprétation les prisonniers ont vu leur individualité réduite et il est indéniable qu’ils sont sous le coup d’un état agentique. Contrairement à l’expérience faite par Milgram ils n’ont pas comme objectif de faire du mal à autrui (quoique cela va se produire comme nous allons le voir) par contre ils vont sans aucune hésitation obéir à tout un tas d’ordre farfelus jusqu’à se mettre en danger. Les gardiens aussi peuvent être considéré comme étant dans un état agentique, mais pas de façon aussi radicale que pour les prisonniers. Prenons le cas de John Wayne, ce dernier est-il dans un état plutôt agentique ou plutôt autonome ? Un extrait vidéo le mettant en scène pose la question. Dans cet extrait il ordonne à ses collègues gardiens de faire des rondes de garde pour surveiller les prisonniers qui eux sont enfermés dans leurs cellules (compte tenu de la petitesse des lieux de l’expérience il n’est pas inutile de se demander si un tel exercice se justifiait vraiment) les gardiens obéissent à John Wayne qui lui s’assoit pour surveiller la manœuvre, ce dernier est assit en tailleur sa matraque délibérément en main et n’a pas l’air le moins du monde de se trouver dans une situation stressante. Si l’on s’amuse à comparer sa posture et son comportement par rapport à celui des autres gardiens on peut constater à quel point il agit différemment (il est assis alors que les autres gardiens et les prisonniers certainement sont debout, il à l’air décontracté contrairement aux autres etc…). Le fait qu’il se démarque signe t-il chez lui la prédominance d’un état autonome ? Si tel est le cas alors cela pourrait signifier qu’il est peut être le détenteur de l’autorité. Mais si tel est le cas nous sommes dans un cas de figure anormal car ce n’est pas aux gardiens de la posséder.

Normalement en tant qu’expérimentateur c’est à Zimbardo de détenir l’autorité.  Peut être est-ce effectivement le cas mais compte tenu des événements on peut avoir un doute. Il semble impensable qu’en détenteur pur de l’autorité Zimbardo est pu à ce point perdre le contrôle de l’expérience. Il n’était de toute façon pas dans son intérêt qu’arrive ce qui est arrivé. Alors en admettant cela (avoir la certitude que Zimbardo n’a pas sciemment provoqué les événements) comment la situation en est-elle venue à dégénérer. Peut être Zimbardo n’avait-il pas pleinement conscience de ce qui se passait. Ou peut être en avait-il conscience mais d’une telle façon qu’il ne sentait pas apte à intervenir, qu’il ne se sentait pas personnellement responsable de ce qui se passait. Je penche plutôt pour la seconde idée, Zimabardo voyait ce qui se passait mais ne se sentait pas en position de changer quoi que ce soit. Pour en revenir à notre autorité depuis l’expérience de Milgram nous savons que si les personnes sont prêtes (et le font !) à maltraiter autrui c’est parce qu’elles sont dans un état agentique, elles deviennent les agents (les pions pour parler vulgairement) d’une autorité (un expérimentateur dans le cas de Milgram) qui permet alors à ces agents de se déresponsabiliser de ce qu’ils font « ce n’est pas moi qui fait, qui veut, qui décide, c’est l’autre cet autre qui est plus puissant que moi et à qui je suis contraint d’obéir. » 

Quel rapport avec Zimbardo ? Imaginons que ce dernier se trouve lui même sous le joug d’une autorité (la même que pour les autres mettons) il est probable qu’il se sente moins concerné par le sort de ses sujets (il serait alors l’agent d’une autorité soit déresponsabilisation de sa part et donc moins d’empressement à intervenir). Il partirait alors du principe que ce qui se passe envers les prisonniers n’est pas de sa faute et qu’il n’a pas foncièrement à intervenir. Zimbardo est conscient dans une certaine mesure que ce qui se passe n’est pas normal, quand un acte va trop loin il intervient pour autant il est plus laxiste que ce qu’il devrait être.  Ce qui se produit durant la quatrième journée illustre bien cette problématique.

Des rumeurs d’évasion commencent à courir et remontent aux oreilles de Zimabardo qui décide alors pour contrer cela de déménager sa prison en d’autres lieux. Il fait donc appel à la police locale de Stanford (les mêmes qui sont allés chercher les prisonniers chez eux) pour demander à pouvoir installer la prison et ses occupants dans les locaux du poste de police. Mais cette demande est refusé pour des raisons d’assurance. Zimbardo réagit mal et reproche ouvertement aux policiers de ne pas être coopératif. Qu’est-ce que nous pouvons penser de cette histoire ? En premier lieu que Zimbardo est très impliqué dans son expérience ! Rappelons qu’à l’origine il doit simuler un centre carcéral, les gens qui s’y trouvent sont de faux prisonniers qui n’ont techniquement rien à faire derrière les barreaux et/ou n’ont de toute façon pas été condamné par une justice officielle à être emprisonnés. Pourtant il réagit comme s’il était face à de vrais criminels qu’il fallait absolument empêcher de s’échapper. De plus il demande l’aide de la police alors que ces derniers n’ont pas à intervenir dans une expérience de psychologie. Pour finir quand les autorités refusent sa demande il est frustré et qualifie la police de non coopérative mais non coopérative pourquoi au juste ? De ne pas se mêler d’une expérience scientifique ? De refuser d’incarcérer en ces murs des gens qui n’ont pas à être en prison ? Pour nous cela nous semble évident mais Zimabardo lui part en fait du principe que la police n’est pas coopérative dans le sens où elle refuse d’empêcher une évasion de détenus. Le regard de Zimbardo n’est plus celui d’un psychologue aux manettes d’une expérience de psychologie sociale mais celui d’un directeur de prison qui veut sauver son établissement !  Si l’investigateur de l’expérience est hyper impliqué comment ne pas craindre qu’il n’en soit pas de même pour les autres participants. Zimbardo aurait dû ici jouer le rôle de garde-fou en restant extérieur et surtout objectif face aux événements mais cela n’a pas été le cas. Les prisonniers aussi croient dur comme fer à ce qu’ils vivent. Ces derniers avaient l’autorisation d’écrire des lettres à leurs familles, une de ces lettres porte clairement en guise de signature le numéro de matricule de son auteur. C’est dire si les prisonniers ont intériorisé leur rôle ! Les gardiens ne sont pas en reste, ils refusent de rentrer dormir chez eux le soir comme cela aurait dû être normalement (comme cela est dans les vraies prisons d’ailleurs) et vivent H 24 dans les sous sols de l’université. Dans tout les cas il y aurait du avoir intervention de la part de Zimbardo qui aurait dû obliger les gardiens à quitter les lieux quand il le fallait, peut être éviter que les prisonniers ne s’investissent autant etc… Mais comme nous l’avons vu Zimbardo n’était plus à même de réagir convenablement faisant lui même trop de zèle, il devait sûrement considérer ce qui se passait comme étant normal. 

Néanmoins si nous n’avons plus à douter du manque (dangereux) d’objectivité de Zimbardo cela n’explique pas foncièrement toutes les dérives qu’il y a eu et notamment cela ne justifie pas qu’il est perdu l’autorité qui aurait dû être sienne. Théoriquement Zimbardo était le directeur de la prison ce qui aurait dû faire de lui le supérieur hiérarchique des gardiens et donc lui permettre de garder un ascendant sur eux. Hors malgré ce rôle auto-proclamé Zimbardo a choisi de garder l’implication de l’observateur qu’il aurait dû être à savoir une certaine mise à distance par rapport à la vie de la prison. Ce dernier n’a pas imposé l’autorité ni la présence qu’un vrai directeur de prison aurait dû imposer, il a finalement opté pour un rôle hybride à mi-chemin entre celui du directeur qu’il avait choisi d’être et celui de l’observateur neutre qu’il devait avoir pour suivre son expérience. Malheureusement le fait d’être le directeur de la prison l’a obligé à s’impliquer de façon importante dans la vie même de l’établissement et de ses membres ce qu’il a empêché d’avoir le recul nécessaire pour jauger les comportements, d’un autre côté le fait de conserver un rôle d’observateur l’a tenu trop éloigné pour légitimer auprès des gardiens son autorité.  Mais alors qui était détenteur de l’autorité ?  

C’est du côté des gardiens qu’il convient de regarder, peut être spécifiquement du côté de John Wayne puisque nous avons vu précédemment qu’il était particulièrement sorti du lot. Le problème étant que les intentions de ce détenteur de l’autorité n’étaient pas foncièrement louables. C’est peut être en ça que les tests de personnalité effectué sur les participants montrent leurs inefficacité. Toujours est-il que la situation se dégrade de plus en plus, dans la journée du quatrième jour un prisonnier se barricade dans sa cellule et devient ingérable. Zimbardo finit par intervenir et discute avec le prisonnier (cela montre que Zimbardo est capable dans une certaine mesure d’évaluer une situation) le prisonnier fait une vraie crise de nerfs avec force larmes et cris et ne semble pas décider à se calmer. Il lui est alors proposer de quitter la prison, ce dernier semble hésiter mais ses camarades (sous la houlette des gardiens ?) se mettent en répéter en chœur des insultes à l’encontre du prisonnier. Ce dernier piqué au vif par les remarques qu’il entend décide de poursuivre l’expérience mais malgré tout Zimbardo décidera de le faire partir le jugeant trop fragile. On ne peut à ce moment là que s’inquiéter du degré d’implication des prisonniers tout dévoués leur rôle au détriment de ce qu’ils endurent depuis plus de 72 heures. 

Ces deux jours ont dû paraître particulièrement long pour les participants, en 48 heures la situation s’est dégradé à une vitesse inquiétante. La prison n’est plus sous le contrôle de Zimbardo mais ce dernier ne s’en rend pas compte car ils s’avère autant affecté psychologiquement que ses sujets. L’autorité facteur important est bel et bien présente mais pas de la façon dont il aurait fallu et l’état agentique des participants lui aussi on ne peut plus présent vont rendre plus insupportable encore les conditions de vie au sein de la prison de Stanford. Nous verrons dans la troisième et dernière partie de cet article que les deux derniers jours vont connaitre une recrudescence de violence inimaginable et nous nous pencherons enfin sur la fin peu commune qu’à connu cette histoire. 

Pour éviter de publier des pavés indigeste j’ai choisi de publier l’article suivant en trois parties. Les six jours de l’expérience seront donc étudié en trois fois à raison de deux jours par partie. Maintenant entrons dans la prison de Stanford.

prison de stanford

Précédemment j’ai écris un article sur l’expérience de Stanford mené en 1971 par Philip Zimbardo. Pour rappel cette expérience avait pour objectif d’étudier l’influence d’une situation sur le comportement d’individus et en particulier ici dans le cadre d’un environnement carcéral. De gros moyens furent mis en oeuvre pour le bon déroulement de cette expérience qui devait durer quinze jours. Mais rien ne se déroula comme prévu est elle ne dura en fait que six jours et provoqua un certain nombre de dommages collatéraux en particulier sur les participants. Son cadre unique et son déroulement dramatique font certainement de cette expérience en psychologie une des plus connue du grand public. Un livre et deux films s’en sont d’ailleurs inspirés et plusieurs décennies après les faits, elle reste d’actualité. 

L’article présent n’a pas pour objectif  d’offrir une analyse scientifique, indiscutable (surtout pas !) de cette expérience. Il sera juste le reflet je l’espère le plus complet et le plus fidèle possible de mon ressenti vis à vis de toute cette histoire. Je ne pense pas faire preuve d’une grande originalité quand je dis que cette expérience m’intrigue et me fascine, quelque part elle est l’illustration de ce que le comportement humain peut avoir de plus étrange… et d’effrayant. En effet comment des gens lambda, sans histoires ni passif violent peuvent-ils dans certaines conditions devenir méchants, cruels ou encore sadiques ? 

Cette expérience est fréquemment étudiée dans les cursus de psychologie que ce soit dans le domaine de la psychologie sociale pour évoquer la question de l’autorité et de ses conséquences sur le comportement (aussi pour expliquer la notion d’état agentique) mais aussi elle est perçue dans un contexte plus méthodologique pour évoquer les différents dysfonctionnements dont elle a souffert tant sur le plan éthique que sur celui de sa validité.  Pour mener ma réflexion je me suis notamment appuyé sur un documentaire (disponible en lien dans L’effet Lucifer dans la prison de Zimbardo ), ce documentaire comprend notamment de nombreux extraits vidéo d’origine. 

La principale et première conclusion que l’on a tendance à déduire de cette expérience est qu’il n’est pas forcément difficile de perdre le contrôle d’une situation même si elle est d’ordre expérimentale. On pourrait pousser plus loin cette idée en soulignant à quel point il peut être particulièrement difficile d’étudier cette « matière » qu’est l’humain. le protocole expérimental annonçait une durée de deux semaines mais tout se termina en six jours, de nombreuses personnes connurent durant ce court laps de temps des moments très pénibles et certains conservèrent même des séquelles.

Maintenant je vais tâcher d’exprimer au mieux les idées qui me sont venue au sujet de cette expérience unique en son genre. Tout d’abord il faut préciser que Zimbardo s’est efforcé de choisir ses participants avec le plus grand soin. Les candidats passèrent des tests pour jauger leur personnalité, leur passé judiciaire fut examiné et ils eurent droit à une réunion d’information. D’ailleurs les quelques images de cette réunion sont intéressante car elles dénotent d’une ambiance bon enfant ou la décontraction semble de mise et où les rires fusent sans trop de peine. C’est d’autant plus frappant que cela ne va pas durer bien longtemps. 

Le déroulement de la première journée aurait déjà de quoi saper la bonne humeur de certains, en effet les tout  nouveaux prisonniers vont connaitre un début en fanfare. Nous sommes en Août, c’est le matin et il fait beau, les gens sortent de chez eux pour profiter de cette matinée estivale et ne savent pas encore qu’ils vont être témoins d’un spectacle singulier. Des portes s’ouvrent, sur le perron deux policiers encadrent un jeune homme qui est mené ainsi jusqu’à un véhicule de police, puis après avoir été fouillé ce dernier se fait menotter et placé dans la voiture qui part précipitamment. Le voisinage se fait la réflexion qu’il vient d’assister à une arrestation en bonne et due forme mais ne peut imaginer la raison de celle-ci. En cette début de journée cette scène se reproduira à plusieurs reprises, l’expérience de Stanford vient de commencer. Les pseudo prisonniers encore hagard arrivent au poste de police du coin où ils sont mis en cellule puis voient leurs empreintes relevé. Jusqu’au tout dernier moment les prisonniers ont cru qu’ils seraient informé du début de l’expérience par un coup de fil, ils ne s’attendaient sûrement pas à ce qu’en lieu et place de la sonnerie du téléphone ils entendent en fait les sirènes de police. Rien n’indiquait que l’expérience débuterait de la sorte, certes le but avoué était de mettre les participants dans l’ambiance pour qu’ils jouent au mieux le rôle qui allait être le leur mais il est indéniable qu’éthiquement parlant c’est assez discutable.

Les prisonniers sont accueilli dans les sous sol de l’université par les gardiens tout à leur rôle, la préparation des prisonniers peut aussi soulever quelques interrogations comme de se demander s’il était réellement nécessaire de forcer les jeunes gens à se mettre nu en public pour recevoir leur nouvelle tenue, tenue qui elle aussi est intéressante à observer. En effet les prisonniers sont affublé de blouse qui à chaque instant met à mal leur pudeur et qui entrave leurs mouvements (les chaines aux pieds n’aident guère), ils sont parfaitement indissociable les uns des autres et seul un matricule les différenciera. Ce matricule d’ailleurs les prisonniers et les gardiens seront priés de les connaitre par cœur, pour cela rien de tel qu’un « comptage de prisonniers » sorte d’appel à faire régulièrement. Ce comptage va rapidement devenir une sorte de rituel mais aussi et surtout un excellent prétexte pour  maltraiter les prisonniers. Ce cérémonial semble avoir littéralement lavé ces participants de leur individualité. La journée s’écoule calmement, tout le monde se comporte comme il faut, fait ce qu’on lui demande et joue son rôle. Le calme avant la tempête…

Au matin du deuxième jour une révolte éclate, les prisonniers se retranchent dans leur cellule qu’ils bloquent avec leurs lits et refusent toute coopération avec les gardiens qui de leurs côté redoublent d’efforts pour venir à bout du conflit quitte à utiliser les extincteurs présent dans les locaux pour asperger les reclus. Ce détail à son importance car à aucun moment dans leur formation les gardiens ont eu l’indication de pouvoir utiliser d’autres objets que ceux fourni dans leur équipement. Pour régler le problème d’une efficace façon, les gardiens demandent conseil à Zimbardo qui leurs explique que dans les prisons américaines il est classique pour éviter les rebellions de faire de sorte de diviser les prisonniers les uns d’avec les autres en instaurant un climat de méfiance. Cela ne tomba pas dans l’oreille de sourds et les gardiens commencèrent à propager l’idée que parmi les prisonniers se cachaient des informateurs. L’effet fut rapide, le doute s’installa chez chacun des prisonniers qui commença à se méfier des idées de son voisin. Il est en effet plus facile d’obtenir l’obéissance d’une personne que d’un groupe de personnes. Pour majorer encore ce résultat les gardiens créèrent une mauvaise cellule où les conditions de vie seraient pénible et une bonne cellule plus agréable, toujours dans le but de favoriser chez les détenus un esprit de rivalité, de méfiance et donc au final pour éviter qu’il ne forme un groupe soudé. 

Avant de poursuivre il est important de revenir sur cette rébellion qui marqua particulièrement le déroulement de l’expérience. Cet événement a-t-il été le déclencheur des violences postérieures ? Pourquoi les prisonniers se sont-ils ainsi soulevés ? Difficile de savoir sans informations précise, peut être les prisonniers ont-ils voulu réparer l’offense qu’ils ont ressenti la veille lors de leur arrivée à la prison, une façon peut être de retrouver cette individualité mise à mal. Peut être y a t-il eu des comportements abusif de la part des gardiens durant la nuit (il semblerait que du début à la fin les participants aient pensé que les caméras utilisé pour enregistrer l’expérience étaient éteintes la nuit). A part que les prisonniers aient simplement voulu tester les limites de leur rôle. Quelque soit la raison première, cette révolte semble marquer le début des violences qui rythmèrent les jours suivants. Mais est-ce vraiment le cas ? Toujours est-il qu’à partir de là les gardiens montrèrent plus d’investissement que jamais à tenir leur rôle. Ils firent aussi preuve d’esprit d’initiative, trop peut être. 

Zimbardo n’a t-il pas commis une erreur en laissant les gardiens agir à leurs guise ? Sûrement. Toujours est-il que la situation ne va pas aller en s’arrangeant. A ce moment là le comptage mis en place pour dénombrer les prisonniers commence à devenir un moment pénible pour ces derniers contraint entre autres d’exécuter les ordres des gardiens, la journée s’écoule lentement, un prisonnier ne le sait pas encore mais il est en train de passer ses derniers moments dans la prison de Stanford. Ce dernier commence à montrer des signes inquiétants, des troubles du comportement. Il crie sans raison, semble confus dans ses propos et finalement Zimbardo décidera de lui faire quitter l’expérience. Ce dénouement inattendu n’est-il pas le signe que quelque chose ne va pas ? Normalement les participants avaient été choisi selon des critères précis, leur santé mentale notamment a été étudié, ils ont répondu à a des tests censé exclure les individus « fragile » hors ce qui est arrivé à ce prisonnier au bout de deux jours à peine n’est-elle pas la preuve que certaines personnes participant à cette expérimentation n’ont pas le profil idéal ? Ce qui est arrivé en ce deuxième jour aurait peut être dû faire réfléchir sur la viabilité de cette expérience, sur les risques encourus de la poursuivre. Mais il n’en fut rien.

Ces deux premiers jours sont cruciaux dans le déroulement de cette expérience. Nous avons vu que l’individualité des prisonniers a été malmené, sciemment certes mais d’une telle façon que cela va prendre des proportions imprévisible, nous allons voir par la suite que l’autorité qui à l’origine est étudié ici va rapidement devenir un problème. Nous verrons comment les jours suivant cette notion d’autorité va conduire à des débordements de toute sorte et nous verrons aussi qu’elle n’était pas entre les mains de la bonne personne et pourquoi.