Zimbardo aurait-il vendu son âme à Lucifer ? (partie 2)

Publié: 22 juillet 2014 dans Causeries dans la psycho loge
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face au mur

 

Nous nous étions arrêtés à la fin du deuxième jour, en moins de 48 heures la tension est montré d’un cran dans la prison expérimentale de Stanford jusqu’à ce qu’un prisonnier doive quitter l’expérience. La nuit et la journée qui suivent ne sont pas plus réjouissantes bien au contraire. L’utilisation des toilettes devient compliqué au point que la plupart des prisonniers sont amenés à se soulager dans des seaux….qu’ils n’ont pas l’autorisation de vider. Le comptage des prisonniers devient pour les gardiens une source inépuisable d’ordres douteux, entre les pompes, les flexions et autres exercices physique pratiqué à outrance les prisonniers n’ont pas de répit. Il est temps maintenant de revenir sur le comportement des gardiens et le  moins que l’on puisse dire est qu’il n’est pas vraiment homogène. En effet selon les prisonniers les 12 gardiens peuvent être divisé en trois groupe selon leurs comportement. Un tiers des prisonniers sont considérés comme étant gentils, ils font tout pour aider les prisonniers en leurs rendant la vie plus facile, ils évitent de les brimer et leurs rend leurs privilèges, un autre tiers est considéré comme ayant un comportement normal, ils respectent le règlement et restent le plus neutre possible, le dernier tiers est le plus méchant, ils donnent des ordres exagérés, pratiquent des privations de toutes sortes et n’hésitent pas à faire preuve de cruauté 

Parmi ce dernier tiers un gardien requiert particulièrement notre attention, il a été surnommé John Wayne par les prisonniers à cause de sa cruauté exacerbée (sur la photo illustrant l’article John Wayne est le gardien au fond qui se tient appuyé au mur et qui tient sa matraque). Il a été accusé d’actes et d’insultes homophobe, raciste et même sadique, il fait la loi parmi les prisonniers mais aussi sur ses collègues. Pourquoi lui ? Certainement possédait-il une personnalité particulière, propice à ce genre de débordement, personnalité qui dans un contexte particulier se révèle. Cela irait en l’encontre de l’idée de départ de Zimbardo qui stipulait que la situation était quasi exclusivement responsable du comportement adopté par les personnes mais si tel était le cas alors il y aurait dû avoir d’autres « John Wayne » ou aucun et surtout il n’y aurait pas eu autant de disparité dans le comportement des gardiens.  

Avant d’aller plus loin nous devons revenir sur une notion importante dans cette expérience qu’est celle d’état agentique. Cette idée a été évoqué par Stanley Milgram une décennie plus tôt dans son expérience de la soumission à l’autorité. Il pu constater que dans certaines circonstances un individu passait de ce qu’on appelle un état autonome à un état agentique, dans cet état contrairement au précédent la personne devient l’agent d’une autorité extérieure avec une déresponsabilisation vis à vis des actes commis. Dans cette expérience l’état agentique est on ne peut plus présent parmi les participants.  Dans l’expérience de Milgram cet état avait conduit les participants à infliger à un tiers des décharges électrique de plus en plus  forte voire potentiellement mortelle, chose qu’ils n’auraient certainement jamais fait dans leur état autonome. 

En fait quelles personnes ont ici connu un état agentique ? Pour ainsi dire tout le monde mais à des degrés divers. Peut être sommes nous en permanence à la fois dans un état agentique et autonome et se serait la situation qui déciderait de quel état prendrait le dessus sur l’autre mais en prenant en compte les caractéristiques de chacun (pour une même situation deux personnes pourrait être plus ou moins concerné par un de ces deux états)

En premier lieu les prisonniers sont fortement concernés par cette problématique des états. Comme cela a été dit dans la première partie de cette interprétation les prisonniers ont vu leur individualité réduite et il est indéniable qu’ils sont sous le coup d’un état agentique. Contrairement à l’expérience faite par Milgram ils n’ont pas comme objectif de faire du mal à autrui (quoique cela va se produire comme nous allons le voir) par contre ils vont sans aucune hésitation obéir à tout un tas d’ordre farfelus jusqu’à se mettre en danger. Les gardiens aussi peuvent être considéré comme étant dans un état agentique, mais pas de façon aussi radicale que pour les prisonniers. Prenons le cas de John Wayne, ce dernier est-il dans un état plutôt agentique ou plutôt autonome ? Un extrait vidéo le mettant en scène pose la question. Dans cet extrait il ordonne à ses collègues gardiens de faire des rondes de garde pour surveiller les prisonniers qui eux sont enfermés dans leurs cellules (compte tenu de la petitesse des lieux de l’expérience il n’est pas inutile de se demander si un tel exercice se justifiait vraiment) les gardiens obéissent à John Wayne qui lui s’assoit pour surveiller la manœuvre, ce dernier est assit en tailleur sa matraque délibérément en main et n’a pas l’air le moins du monde de se trouver dans une situation stressante. Si l’on s’amuse à comparer sa posture et son comportement par rapport à celui des autres gardiens on peut constater à quel point il agit différemment (il est assis alors que les autres gardiens et les prisonniers certainement sont debout, il à l’air décontracté contrairement aux autres etc…). Le fait qu’il se démarque signe t-il chez lui la prédominance d’un état autonome ? Si tel est le cas alors cela pourrait signifier qu’il est peut être le détenteur de l’autorité. Mais si tel est le cas nous sommes dans un cas de figure anormal car ce n’est pas aux gardiens de la posséder.

Normalement en tant qu’expérimentateur c’est à Zimbardo de détenir l’autorité.  Peut être est-ce effectivement le cas mais compte tenu des événements on peut avoir un doute. Il semble impensable qu’en détenteur pur de l’autorité Zimbardo est pu à ce point perdre le contrôle de l’expérience. Il n’était de toute façon pas dans son intérêt qu’arrive ce qui est arrivé. Alors en admettant cela (avoir la certitude que Zimbardo n’a pas sciemment provoqué les événements) comment la situation en est-elle venue à dégénérer. Peut être Zimbardo n’avait-il pas pleinement conscience de ce qui se passait. Ou peut être en avait-il conscience mais d’une telle façon qu’il ne sentait pas apte à intervenir, qu’il ne se sentait pas personnellement responsable de ce qui se passait. Je penche plutôt pour la seconde idée, Zimabardo voyait ce qui se passait mais ne se sentait pas en position de changer quoi que ce soit. Pour en revenir à notre autorité depuis l’expérience de Milgram nous savons que si les personnes sont prêtes (et le font !) à maltraiter autrui c’est parce qu’elles sont dans un état agentique, elles deviennent les agents (les pions pour parler vulgairement) d’une autorité (un expérimentateur dans le cas de Milgram) qui permet alors à ces agents de se déresponsabiliser de ce qu’ils font « ce n’est pas moi qui fait, qui veut, qui décide, c’est l’autre cet autre qui est plus puissant que moi et à qui je suis contraint d’obéir. » 

Quel rapport avec Zimbardo ? Imaginons que ce dernier se trouve lui même sous le joug d’une autorité (la même que pour les autres mettons) il est probable qu’il se sente moins concerné par le sort de ses sujets (il serait alors l’agent d’une autorité soit déresponsabilisation de sa part et donc moins d’empressement à intervenir). Il partirait alors du principe que ce qui se passe envers les prisonniers n’est pas de sa faute et qu’il n’a pas foncièrement à intervenir. Zimbardo est conscient dans une certaine mesure que ce qui se passe n’est pas normal, quand un acte va trop loin il intervient pour autant il est plus laxiste que ce qu’il devrait être.  Ce qui se produit durant la quatrième journée illustre bien cette problématique.

Des rumeurs d’évasion commencent à courir et remontent aux oreilles de Zimabardo qui décide alors pour contrer cela de déménager sa prison en d’autres lieux. Il fait donc appel à la police locale de Stanford (les mêmes qui sont allés chercher les prisonniers chez eux) pour demander à pouvoir installer la prison et ses occupants dans les locaux du poste de police. Mais cette demande est refusé pour des raisons d’assurance. Zimbardo réagit mal et reproche ouvertement aux policiers de ne pas être coopératif. Qu’est-ce que nous pouvons penser de cette histoire ? En premier lieu que Zimbardo est très impliqué dans son expérience ! Rappelons qu’à l’origine il doit simuler un centre carcéral, les gens qui s’y trouvent sont de faux prisonniers qui n’ont techniquement rien à faire derrière les barreaux et/ou n’ont de toute façon pas été condamné par une justice officielle à être emprisonnés. Pourtant il réagit comme s’il était face à de vrais criminels qu’il fallait absolument empêcher de s’échapper. De plus il demande l’aide de la police alors que ces derniers n’ont pas à intervenir dans une expérience de psychologie. Pour finir quand les autorités refusent sa demande il est frustré et qualifie la police de non coopérative mais non coopérative pourquoi au juste ? De ne pas se mêler d’une expérience scientifique ? De refuser d’incarcérer en ces murs des gens qui n’ont pas à être en prison ? Pour nous cela nous semble évident mais Zimabardo lui part en fait du principe que la police n’est pas coopérative dans le sens où elle refuse d’empêcher une évasion de détenus. Le regard de Zimbardo n’est plus celui d’un psychologue aux manettes d’une expérience de psychologie sociale mais celui d’un directeur de prison qui veut sauver son établissement !  Si l’investigateur de l’expérience est hyper impliqué comment ne pas craindre qu’il n’en soit pas de même pour les autres participants. Zimbardo aurait dû ici jouer le rôle de garde-fou en restant extérieur et surtout objectif face aux événements mais cela n’a pas été le cas. Les prisonniers aussi croient dur comme fer à ce qu’ils vivent. Ces derniers avaient l’autorisation d’écrire des lettres à leurs familles, une de ces lettres porte clairement en guise de signature le numéro de matricule de son auteur. C’est dire si les prisonniers ont intériorisé leur rôle ! Les gardiens ne sont pas en reste, ils refusent de rentrer dormir chez eux le soir comme cela aurait dû être normalement (comme cela est dans les vraies prisons d’ailleurs) et vivent H 24 dans les sous sols de l’université. Dans tout les cas il y aurait du avoir intervention de la part de Zimbardo qui aurait dû obliger les gardiens à quitter les lieux quand il le fallait, peut être éviter que les prisonniers ne s’investissent autant etc… Mais comme nous l’avons vu Zimbardo n’était plus à même de réagir convenablement faisant lui même trop de zèle, il devait sûrement considérer ce qui se passait comme étant normal. 

Néanmoins si nous n’avons plus à douter du manque (dangereux) d’objectivité de Zimbardo cela n’explique pas foncièrement toutes les dérives qu’il y a eu et notamment cela ne justifie pas qu’il est perdu l’autorité qui aurait dû être sienne. Théoriquement Zimbardo était le directeur de la prison ce qui aurait dû faire de lui le supérieur hiérarchique des gardiens et donc lui permettre de garder un ascendant sur eux. Hors malgré ce rôle auto-proclamé Zimbardo a choisi de garder l’implication de l’observateur qu’il aurait dû être à savoir une certaine mise à distance par rapport à la vie de la prison. Ce dernier n’a pas imposé l’autorité ni la présence qu’un vrai directeur de prison aurait dû imposer, il a finalement opté pour un rôle hybride à mi-chemin entre celui du directeur qu’il avait choisi d’être et celui de l’observateur neutre qu’il devait avoir pour suivre son expérience. Malheureusement le fait d’être le directeur de la prison l’a obligé à s’impliquer de façon importante dans la vie même de l’établissement et de ses membres ce qu’il a empêché d’avoir le recul nécessaire pour jauger les comportements, d’un autre côté le fait de conserver un rôle d’observateur l’a tenu trop éloigné pour légitimer auprès des gardiens son autorité.  Mais alors qui était détenteur de l’autorité ?  

C’est du côté des gardiens qu’il convient de regarder, peut être spécifiquement du côté de John Wayne puisque nous avons vu précédemment qu’il était particulièrement sorti du lot. Le problème étant que les intentions de ce détenteur de l’autorité n’étaient pas foncièrement louables. C’est peut être en ça que les tests de personnalité effectué sur les participants montrent leurs inefficacité. Toujours est-il que la situation se dégrade de plus en plus, dans la journée du quatrième jour un prisonnier se barricade dans sa cellule et devient ingérable. Zimbardo finit par intervenir et discute avec le prisonnier (cela montre que Zimbardo est capable dans une certaine mesure d’évaluer une situation) le prisonnier fait une vraie crise de nerfs avec force larmes et cris et ne semble pas décider à se calmer. Il lui est alors proposer de quitter la prison, ce dernier semble hésiter mais ses camarades (sous la houlette des gardiens ?) se mettent en répéter en chœur des insultes à l’encontre du prisonnier. Ce dernier piqué au vif par les remarques qu’il entend décide de poursuivre l’expérience mais malgré tout Zimbardo décidera de le faire partir le jugeant trop fragile. On ne peut à ce moment là que s’inquiéter du degré d’implication des prisonniers tout dévoués leur rôle au détriment de ce qu’ils endurent depuis plus de 72 heures. 

Ces deux jours ont dû paraître particulièrement long pour les participants, en 48 heures la situation s’est dégradé à une vitesse inquiétante. La prison n’est plus sous le contrôle de Zimbardo mais ce dernier ne s’en rend pas compte car ils s’avère autant affecté psychologiquement que ses sujets. L’autorité facteur important est bel et bien présente mais pas de la façon dont il aurait fallu et l’état agentique des participants lui aussi on ne peut plus présent vont rendre plus insupportable encore les conditions de vie au sein de la prison de Stanford. Nous verrons dans la troisième et dernière partie de cet article que les deux derniers jours vont connaitre une recrudescence de violence inimaginable et nous nous pencherons enfin sur la fin peu commune qu’à connu cette histoire. 

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commentaires
  1. dvfdbdfbgdb dit :

    Pourquoi ne pas fermer ce blog inutile tout comme son auteur. Il n’y a aucun talent ni aucun intérêt.

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  2. Moi j’ai bien aimé, j’adore la psychologie/ psychiatrie en général et je trouve intéressant de voir une des plus célèbres expériences de psychologie réexpliquées 🙂

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