Zimbardo aurait-il vendu son âme à Lucifer ? (partie 1)

Publié: 13 juillet 2014 dans Causeries dans la psycho loge
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Pour éviter de publier des pavés indigeste j’ai choisi de publier l’article suivant en trois parties. Les six jours de l’expérience seront donc étudié en trois fois à raison de deux jours par partie. Maintenant entrons dans la prison de Stanford.

prison de stanford

Précédemment j’ai écris un article sur l’expérience de Stanford mené en 1971 par Philip Zimbardo. Pour rappel cette expérience avait pour objectif d’étudier l’influence d’une situation sur le comportement d’individus et en particulier ici dans le cadre d’un environnement carcéral. De gros moyens furent mis en oeuvre pour le bon déroulement de cette expérience qui devait durer quinze jours. Mais rien ne se déroula comme prévu est elle ne dura en fait que six jours et provoqua un certain nombre de dommages collatéraux en particulier sur les participants. Son cadre unique et son déroulement dramatique font certainement de cette expérience en psychologie une des plus connue du grand public. Un livre et deux films s’en sont d’ailleurs inspirés et plusieurs décennies après les faits, elle reste d’actualité. 

L’article présent n’a pas pour objectif  d’offrir une analyse scientifique, indiscutable (surtout pas !) de cette expérience. Il sera juste le reflet je l’espère le plus complet et le plus fidèle possible de mon ressenti vis à vis de toute cette histoire. Je ne pense pas faire preuve d’une grande originalité quand je dis que cette expérience m’intrigue et me fascine, quelque part elle est l’illustration de ce que le comportement humain peut avoir de plus étrange… et d’effrayant. En effet comment des gens lambda, sans histoires ni passif violent peuvent-ils dans certaines conditions devenir méchants, cruels ou encore sadiques ? 

Cette expérience est fréquemment étudiée dans les cursus de psychologie que ce soit dans le domaine de la psychologie sociale pour évoquer la question de l’autorité et de ses conséquences sur le comportement (aussi pour expliquer la notion d’état agentique) mais aussi elle est perçue dans un contexte plus méthodologique pour évoquer les différents dysfonctionnements dont elle a souffert tant sur le plan éthique que sur celui de sa validité.  Pour mener ma réflexion je me suis notamment appuyé sur un documentaire (disponible en lien dans L’effet Lucifer dans la prison de Zimbardo ), ce documentaire comprend notamment de nombreux extraits vidéo d’origine. 

La principale et première conclusion que l’on a tendance à déduire de cette expérience est qu’il n’est pas forcément difficile de perdre le contrôle d’une situation même si elle est d’ordre expérimentale. On pourrait pousser plus loin cette idée en soulignant à quel point il peut être particulièrement difficile d’étudier cette « matière » qu’est l’humain. le protocole expérimental annonçait une durée de deux semaines mais tout se termina en six jours, de nombreuses personnes connurent durant ce court laps de temps des moments très pénibles et certains conservèrent même des séquelles.

Maintenant je vais tâcher d’exprimer au mieux les idées qui me sont venue au sujet de cette expérience unique en son genre. Tout d’abord il faut préciser que Zimbardo s’est efforcé de choisir ses participants avec le plus grand soin. Les candidats passèrent des tests pour jauger leur personnalité, leur passé judiciaire fut examiné et ils eurent droit à une réunion d’information. D’ailleurs les quelques images de cette réunion sont intéressante car elles dénotent d’une ambiance bon enfant ou la décontraction semble de mise et où les rires fusent sans trop de peine. C’est d’autant plus frappant que cela ne va pas durer bien longtemps. 

Le déroulement de la première journée aurait déjà de quoi saper la bonne humeur de certains, en effet les tout  nouveaux prisonniers vont connaitre un début en fanfare. Nous sommes en Août, c’est le matin et il fait beau, les gens sortent de chez eux pour profiter de cette matinée estivale et ne savent pas encore qu’ils vont être témoins d’un spectacle singulier. Des portes s’ouvrent, sur le perron deux policiers encadrent un jeune homme qui est mené ainsi jusqu’à un véhicule de police, puis après avoir été fouillé ce dernier se fait menotter et placé dans la voiture qui part précipitamment. Le voisinage se fait la réflexion qu’il vient d’assister à une arrestation en bonne et due forme mais ne peut imaginer la raison de celle-ci. En cette début de journée cette scène se reproduira à plusieurs reprises, l’expérience de Stanford vient de commencer. Les pseudo prisonniers encore hagard arrivent au poste de police du coin où ils sont mis en cellule puis voient leurs empreintes relevé. Jusqu’au tout dernier moment les prisonniers ont cru qu’ils seraient informé du début de l’expérience par un coup de fil, ils ne s’attendaient sûrement pas à ce qu’en lieu et place de la sonnerie du téléphone ils entendent en fait les sirènes de police. Rien n’indiquait que l’expérience débuterait de la sorte, certes le but avoué était de mettre les participants dans l’ambiance pour qu’ils jouent au mieux le rôle qui allait être le leur mais il est indéniable qu’éthiquement parlant c’est assez discutable.

Les prisonniers sont accueilli dans les sous sol de l’université par les gardiens tout à leur rôle, la préparation des prisonniers peut aussi soulever quelques interrogations comme de se demander s’il était réellement nécessaire de forcer les jeunes gens à se mettre nu en public pour recevoir leur nouvelle tenue, tenue qui elle aussi est intéressante à observer. En effet les prisonniers sont affublé de blouse qui à chaque instant met à mal leur pudeur et qui entrave leurs mouvements (les chaines aux pieds n’aident guère), ils sont parfaitement indissociable les uns des autres et seul un matricule les différenciera. Ce matricule d’ailleurs les prisonniers et les gardiens seront priés de les connaitre par cœur, pour cela rien de tel qu’un « comptage de prisonniers » sorte d’appel à faire régulièrement. Ce comptage va rapidement devenir une sorte de rituel mais aussi et surtout un excellent prétexte pour  maltraiter les prisonniers. Ce cérémonial semble avoir littéralement lavé ces participants de leur individualité. La journée s’écoule calmement, tout le monde se comporte comme il faut, fait ce qu’on lui demande et joue son rôle. Le calme avant la tempête…

Au matin du deuxième jour une révolte éclate, les prisonniers se retranchent dans leur cellule qu’ils bloquent avec leurs lits et refusent toute coopération avec les gardiens qui de leurs côté redoublent d’efforts pour venir à bout du conflit quitte à utiliser les extincteurs présent dans les locaux pour asperger les reclus. Ce détail à son importance car à aucun moment dans leur formation les gardiens ont eu l’indication de pouvoir utiliser d’autres objets que ceux fourni dans leur équipement. Pour régler le problème d’une efficace façon, les gardiens demandent conseil à Zimbardo qui leurs explique que dans les prisons américaines il est classique pour éviter les rebellions de faire de sorte de diviser les prisonniers les uns d’avec les autres en instaurant un climat de méfiance. Cela ne tomba pas dans l’oreille de sourds et les gardiens commencèrent à propager l’idée que parmi les prisonniers se cachaient des informateurs. L’effet fut rapide, le doute s’installa chez chacun des prisonniers qui commença à se méfier des idées de son voisin. Il est en effet plus facile d’obtenir l’obéissance d’une personne que d’un groupe de personnes. Pour majorer encore ce résultat les gardiens créèrent une mauvaise cellule où les conditions de vie seraient pénible et une bonne cellule plus agréable, toujours dans le but de favoriser chez les détenus un esprit de rivalité, de méfiance et donc au final pour éviter qu’il ne forme un groupe soudé. 

Avant de poursuivre il est important de revenir sur cette rébellion qui marqua particulièrement le déroulement de l’expérience. Cet événement a-t-il été le déclencheur des violences postérieures ? Pourquoi les prisonniers se sont-ils ainsi soulevés ? Difficile de savoir sans informations précise, peut être les prisonniers ont-ils voulu réparer l’offense qu’ils ont ressenti la veille lors de leur arrivée à la prison, une façon peut être de retrouver cette individualité mise à mal. Peut être y a t-il eu des comportements abusif de la part des gardiens durant la nuit (il semblerait que du début à la fin les participants aient pensé que les caméras utilisé pour enregistrer l’expérience étaient éteintes la nuit). A part que les prisonniers aient simplement voulu tester les limites de leur rôle. Quelque soit la raison première, cette révolte semble marquer le début des violences qui rythmèrent les jours suivants. Mais est-ce vraiment le cas ? Toujours est-il qu’à partir de là les gardiens montrèrent plus d’investissement que jamais à tenir leur rôle. Ils firent aussi preuve d’esprit d’initiative, trop peut être. 

Zimbardo n’a t-il pas commis une erreur en laissant les gardiens agir à leurs guise ? Sûrement. Toujours est-il que la situation ne va pas aller en s’arrangeant. A ce moment là le comptage mis en place pour dénombrer les prisonniers commence à devenir un moment pénible pour ces derniers contraint entre autres d’exécuter les ordres des gardiens, la journée s’écoule lentement, un prisonnier ne le sait pas encore mais il est en train de passer ses derniers moments dans la prison de Stanford. Ce dernier commence à montrer des signes inquiétants, des troubles du comportement. Il crie sans raison, semble confus dans ses propos et finalement Zimbardo décidera de lui faire quitter l’expérience. Ce dénouement inattendu n’est-il pas le signe que quelque chose ne va pas ? Normalement les participants avaient été choisi selon des critères précis, leur santé mentale notamment a été étudié, ils ont répondu à a des tests censé exclure les individus « fragile » hors ce qui est arrivé à ce prisonnier au bout de deux jours à peine n’est-elle pas la preuve que certaines personnes participant à cette expérimentation n’ont pas le profil idéal ? Ce qui est arrivé en ce deuxième jour aurait peut être dû faire réfléchir sur la viabilité de cette expérience, sur les risques encourus de la poursuivre. Mais il n’en fut rien.

Ces deux premiers jours sont cruciaux dans le déroulement de cette expérience. Nous avons vu que l’individualité des prisonniers a été malmené, sciemment certes mais d’une telle façon que cela va prendre des proportions imprévisible, nous allons voir par la suite que l’autorité qui à l’origine est étudié ici va rapidement devenir un problème. Nous verrons comment les jours suivant cette notion d’autorité va conduire à des débordements de toute sorte et nous verrons aussi qu’elle n’était pas entre les mains de la bonne personne et pourquoi. 

 

 

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